Après plus de 100 jours de détention, son procès, repoussé à maintes reprises, s'est déroulé dimanche 29 janvier, à Karaj, en Iran. Accusée d'avoir « fabriqué des cocktails Molotov » et d'être « leader des manifestants », Armita Abbasi a comparu devant le juge Assef Al-Hosseini, connu pour sa sévérité. Selon une story publiée sur le réseau Instagram par son père, elle a été représentée par Maître Shahla Aroji.

Une grande partie de ce que nous savons de la détention d'Armita Abbasi a été révélée dans un reportage choc intitulé « Comment les forces de sécurité iraniennes utilisent le viol pour réprimer les protestations », diffusé par la chaîne d'information télévisée américaine CNN le 21 novembre 2022. D’après cette enquête, le 18 octobre 2022, la jeune femme a été escortée par des hommes armés de la prison vers l'hôpital Imam Ali à Karaj. « Quand elle est arrivée, (les officiers) ont dit qu'elle faisait une hémorragie du rectum... due à des viols répétés », raconte ce membre du personnel médical qui, manifestement très choqué par ce qu'il avait vu, a posté plusieurs messages sur les réseaux sociaux. Il y parle de lacérations rectales et de viols brutaux. Ces hommes ont alors insisté pour qu'il soit mentionné dans le rapport médical que les lésions étaient antérieures à l’arrestation d’Armita et qu’il s’agissait tout simplement d’hémorroïdes.

Armita Abbasi, connue par beaucoup pour ses cheveux colorés et ses commentaires affirmés sur Instagram quant aux  événements sociaux qui traversent son pays, est incarcérée depuis le 10 octobre. Comme l'ont montré de nombreux rapports d'organisations de défense des droits de l'homme et de médias tels qu'IranWire, les prisons iraniennes sont des chambres de torture pour les jeunes manifestants iraniens, qu'il s'agisse des prisons officielles ou des centres de détention des Gardiens de la révolution et du ministère du Renseignement.

Face à la pression médiatique, Armita Abbasi pourrait-elle être enfin libérée ? Les autorités iraniennes pourraient être tentées de faire diversion. « Peut-être qu'on va la laisser sortir en faisant pression sur sa famille pour qu'elle se taise et dans le même temps condamner toutes les autres codétenues », estime son avocat. Viols, tortures, exécutions procès expéditifs... il rappelle à la communauté internationale qu’il est urgent d’inscrire les Gardiens de la Révolutions sur la liste des organisations terroristes.