Des chefs s’érigent en recours auprès de Fatshi, le Grand Chef

La classe politique congolaise in globo ne se caractérise pas par son désintéressement. En Belgique non plus, il est vrai. Mais au Congo, l’économie n’est pas au rendez-vous; c’est pire. Indépendance, cha-cha… Le moins que l’on puisse dire, après 64 ans, c’est qu’il n’y a pratiquement pas de réalisation pérenne en faveur de la population. La classe politique «indépendante» n’a aucune excuse sérieuse: plusieurs pays asiatiques, comme par exemple le Vietnam, ont connu des développements qui, par comparaison, donnent la mesure du gâchis. Même l’éducation a été négligée alors que c’était fondamental. Un pas en avant, historique même, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a rendu prioritaire l’enseignement, mais les facteurs d’inertie sont colossaux. Pourtant, c’est réalisable. Autrefois, le géant d’Afrique centrale était quadrillé, avec succès, par moins de trois cents responsables de la territoriale administrée par la Belgique. Réunir aujourd’hui une élite de trois cents véritables gestionnaires devrait être possible. Le Chef de l’État aura fort à faire en son second mandat. Cinq ans, voire sept, cela passe vite. 

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Encore faudrait-il neutraliser les prédateurs. Les chefs coutumiers peuvent y contribuer. Leur légitimité perdure depuis des siècles. Au Kasaï-Central, ce sont eux qui s’adressent au Chef de l’État pour un rééquilibrage: «Nous réclamons des postes politiques et ministériels pour les filles et les fils du Kasaï Central pour l’achèvement de vos projets lancés, notamment, la Primature, la présidence de l’Assemblée nationale, les ministères des ITPR (Infrastructures, Travaux publics, Reconstruction), de l’Agriculture, du Budget et des Finances». Justification avancée: «le Kasaï Central a subi une discrimination hors pair de différents régimes politiques de 1965 à 2018 et a été rabaissé, puis oublié au partage équitable des postes de responsabilités politiques». L’objet de cette revendication est secondaire: l’événement, c’est le fait que l’action politique à l’échelle d’une province soit menée par des chefs coutumiers interpellant publiquement le Chef de l’État, le Grand Chef de la Nation. La classe politique kasaïenne leur en sera donc redevable. 

Une observation, ce que ces chefs coutumiers réclament, c’est le développement (agriculture + ITPR) et la maîtrise de son coût (finances + budget). Bref, les Congolais, et pas seulement au Kasaï-Central, demeurent en cette attente. Or, la législation est foncièrement contre-productive; rien d’étonnant puisqu’elle est le fruit des errements d’une classe politique largement incapable d’appréhender les réalités de l’entreprise. Peter Obi, ancien gouverneur de l’État d’Anambra (République fédérale du Nigéria), homme d’affaires par ailleurs, l’a avoué: «Aucun pays ne peut se développer si sa politique est plus rentable que son industrie; lorsque ceux qui sont au gouvernement sont plus riches que les entrepreneurs, ils fabriquent la pauvreté». Scénario congolais.

Le pays a besoin de sens commun; les chefs coutumiers incarnent la cohésion sociale, chacun en sa propre chefferie. Négliger leur apport, c’est se priver de ressources humaines. Aucun principe démocratique n’exclut d’intégrer à un Parlement des chefs traditionnels. Un parfait exemple de cette possibilité se trouve au Royaume-Uni: la Chambre des Lords. Une chambre coutumière insufflerait au Parlement un état d’esprit ancré dans le respect des ancêtres, c’est-à-dire paradoxalement le respect des vivants. Au sein des chefferies, le patrimoine commun est à transmettre, pas à piller. Remplacer le sénat par une chambre coutumière ou faire œuvre novatrice en instituant un parlement tri-caméral, l’essentiel reste que la mémoire congolaise puisse tempérer la prédation. Fatshi, le Grand Chef, a besoin de tous les soutiens pour assainir le pays. Ils sont là.