L’expertise scientifique doit en outre être basée sur le consensus scientifique, et les mesures qui en découlent doivent donc être débattues, en Belgique, comme dans tout pays démocratique. Ces débats ont malheureusement été soigneusement évités ou refusés par certains experts et politiques qui ont diabolisé les médecins et scientifiques proposant des analyses différentes et qui seront alors appelés  « complotistes », « optimistes » et, insulte suprême, « rassuristes » – comme si le fait de rassurer ne faisait pas partie de la bonne pratique médicale. Rassurer ne signifie pourtant pas minimiser les risques. Rassurer, c’est faire preuve d’empathie et intégrer l’humanisme à la science. Le consensus scientifique n’était donc qu’un consensus de façade puisqu’il n’était construit que sur l’éviction des avis divergents.

Nous pouvons et devons commencer l’inventaire et il nous semble utile de commencer cette réflexion en partant de ce Code d’éthique de la recherche qui est d’ailleurs repris sur le site d’un tout nouvel organisme, inauguré en octobre 2021, le Conseil Supérieur de l’Intégrité Scientifique [1], en réponse à une recommandation émanant du Conseil des Ministres de l’Union Européenne, datée de 2015 [2]. Quels sont les devoirs éthiques des scientifiques s’appliquant au travail d’expertise ou de conseil ? 

Le point 5 du Code d’éthique de la recherche scientifique en Belgique, nous parle du devoir de rigueur. Nous citons: « Lors de communications ou présentations dans les médias, le chercheur présente ses résultats de recherche de façon véridique et compréhensible. Il évite de susciter des craintes ou des espoirs non justifiés. ». Donc « Vendre la peur » comme outil de gestion est directement contraire au Code d’éthique. Gonfler les statistiques pour aider à « faire passer» des décisions douloureuses  est contraire au Code d’éthique. Écrire des rapports qui vont à l’encontre des publications scientifiques peer-reviewed pour justifier une éventuelle décision politique est un acte parfaitement contraire au Code d’éthique. Certains experts se livrent même à quelque chose que l’on peut, sans exagération, qualifier de chantage aux « morts » [3] et ceci n’est pas sans rappeler l’intervention du Ministre de la santé belge qui osa parler de la nécessité du choc psychologique pour contrôler la population !

Le Code mentionne aussi le devoir d’impartialité. Nous citons encore une fois : « Lors de désaccords avec les positions scientifiques d’autres chercheurs, il n’en sera débattu qu’à l’aide d’arguments scientifiques. »

Quand un expert, ingénieur agronome, s’impose dans les médias pour accuser d’eugénisme [4] les médecins et scientifiques qui préconisaient une protection ciblée des personnes à risques plutôt qu’un confinement généralisé, on ne peut pas parler d’argument scientifique mais bien d’idéologie visant à disqualifier des collègues sur base d’éléments moralisateurs.    

Le chantage aux chiffres de la mortalité est tout à fait contraire au Code d’éthique. 

De manière générale, on a pu constater tout au long que chaque expert avait un avis sur les mesures à prendre ou déjà prises par le gouvernement. Est-ce que les sensibilités politiques personnelles des experts sont compatibles avec la Déontologie requise par le Code ?  Nous affirmons que ce n’est pas le cas. Car la science et l’expertise scientifique ne peuvent se soumettre à une idéologie. Ce serait la mort du savoir tout simplement et c’est de la responsabilité des scientifiques de rester neutres et impartiaux. 

Le Code mentionne aussi le devoir de prudence. Nous citons : « Les fautes et omissions commises, ainsi que les dommages aux tiers qui en découlent doivent être assumés et réparés au maximum. »

Le manque de prudence dans les mesures recommandées par les experts ont été très rapidement perceptibles par la non prise en compte des dégâts collatéraux : retard d’apprentissage des enfants masqués, impact des mesures sur la santé mentale des enfants et des jeunes [5] qui représentent pourtant l’avenir de notre société, violences familiales en augmentation lors des confinements, isolement social et climat anxiogène permanent aboutissant à une forte augmentation des tentatives de suicide [6], isolement complet de nos aînés dont certains sont décédés du syndrome de glissement [7] [8],  faillites des petits indépendants…

Ces dégâts collatéraux ont été dénoncés par différentes personnalités issues du monde scientifique et de la société civile dans une carte blanche [9] datée du mois d’août 2020.  Par la suite, la vaccination de masse a été complètement contradictoire avec ce devoir éthique de prudence et les passeports vaccinaux qui en constituaient l’instrument incitatif majeur ont représenté la mesure sanitaire la plus attentatoire aux droits fondamentaux des citoyens.

En regard de tous ces dégâts collatéraux prévisibles, nous étions tous pourtant en droit d’attendre de la part des experts beaucoup plus de prudence dans leurs recommandations. Mais quand l’un d’entre eux se déclare favorable à un lockdown d’un an [10] , cela démontre une perte totale de la prudence la plus élémentaire et cela laisse présager des dérives très inquiétantes.  

On peut comprendre que des erreurs commises de bonne foi ne peuvent pas donner lieu à de lourdes réparations financières...  Mais qu’en est-il quand la bonne foi est absente, quand les recommandations vont complètement à l'encontre de concepts scientifiques connus et de principes déontologiques de base ?  Ne devons-nous pas nous interroger sur les raisons pour lesquelles tout ce qui est enseigné en Faculté de médecine et se trouve dans les vieux grimoires médicaux semble avoir été tout à fait ignoré par nos experts, qu’ils soient belges ou étrangers ? Non seulement la question mérite d’être posée mais elle doit l’être. Ne pas le faire serait s’exposer à l’abolition de toutes les normes de bonne conduite et ainsi à la destruction totale de l’État de droit.

Par ailleurs, en plus de ce code d’éthique de l’expertise, le droit belge définit les rapports entre les médecins et les firmes pharmaceutiques. L’Arrêté royal n°78 du 10/11/1967, art.18 §1 interdit toute convention entre les praticiens et des tiers (par exemple les firmes pharmaceutiques), lorsque cette convention est en rapport avec leur profession et tend à procurer à l’un ou à l’autre quelque gain ou profit direct ou indirect. 

L’interdiction de conflits d’intérêts est donc inscrite dans la loi mais semble pourtant facilement balayée d’un revers de la main lorsque certains contradicteurs s’en indignent, comme s’il s’agissait d’un argument sans valeur.

Ainsi, lors du symposium organisé par l’Ordre des Médecins sur la vaccination obligatoire des soignants organisé en février 2023, l’un des orateurs a débuté son intervention en déclarant : « J’ai tellement de conflits d’intérêts dans le secteur de la vaccination que l’on peut presque dire que je n’en n’ai aucun : je ne favoriserai personne. » Transgresser la loi et ironiser à ce sujet en préambule à une intervention initulée : « Conflits entre contraintes sociétales et libertés individuelles » insistant sur le devoir moral des soignants, il fallait oser le faire !  

La gestion de l’épidémie semble donc avoir été confiée à une poignée d’experts, toujours les mêmes, s’asseyant autant sur la loi que sur leur code d’éthique. Ces violations du code d’éthique de l’expertise exposent pourtant leurs auteurs à des sanctions dont la suppression totale à vie des financements publics pour leurs recherches.  Mais ils semblent agir en toute impunité puisqu’ils sont ou seront nommés à des positions d’influence dans les instances censées les contrôler.  

Certains parmi les plus médiatisés sont devenus membres de l’Académie Royale de Médecine, fonction qui donne une légitimité scientifique à postériori à leur rôle de conseillers du gouvernement. Nous n’avons d’ailleurs pas assez de mots pour exprimer l’indignation qui fut la nôtre en découvrant la nomination de l’un d’entre eux dans le tout nouveau Conseil Supérieur d’Intégrité Scientifique [11].

En effet, l’évaluation d’une stratégie est une composante essentielle de la bonne gouvernance mais elle exige le respect du principe d’indépendance totale entre les conseilleurs ou décideurs et les évaluateurs. Quelle crédibilité pouvons-nous encore accorder à ces experts qui se nomment les uns les autres aux postes clés qui leur permettront d’évaluer leurs propres actions et ainsi de s’auto-valider et de se protéger mutuellement ? 

Nous, médecins de terrain, généralistes et spécialistes, affirmons que les principes fondamentaux d’éthique et d’intégrité scientifique n’ont pas été respectés par les experts durant l’épidémie de SARS-CoV 2. Nous demandons donc qu’une enquête indépendante soit ouverte et que les sanctions prévues soient appliquées.