Reprenons. Le wokisme (NDLR : la défense des droits des groupes minoritaires) est né de l'envie de mettre en lumière et de corriger les injustices sociales. Un objectif noble sur papier. Hélas, comme le dit si bien le proverbe : « L'enfer est pavé de bonnes intentions ». Et c'est là où le mouvement social s'enlise dans une spirale de contradictions intrinsèque qui finissent par camoufler de véritables enjeux sociétaux.

Pourquoi parler de répartitions équitables dans les films et séries télévisées, quand des millions de personnes vivent dans la pauvreté, sans accès à l'éducation ou à la santé ? Pourquoi se focaliser en littérature sur « les dix petits hommes de couleurs » (« Les dix petits nègres rebaptisés), quand des guerres et des famines constituent l'horreur quotidienne par le monde ? En fixant son regard microscopique sur de pseudo micro-agressions, le wokisme semble en effet oublier de lever les yeux sur le tableau d'ensemble. A force de se focaliser sur les petits pois, on en oublie la soupe.

Grossir sous l’œil focal d’un microscope chaque brindille éparse ne désherbe pas une allée de cailloux. Le concept ressemble à s'y méprendre à une distraction bien orchestrée, un jeu de « Où est Charlie? ». Pendant que nous cherchons dans les coins les plus obscurs les petites offuscations autocentrées, les grandes injustices, elles, continuent de parader au grand jour. 

Mieux, le mouvement social a inventé une nouvelle forme de yoga : le « Yoga de l'Indignation ». Un exercice délicat de contorsionniste qui consiste à se tordre dans tous les sens pour trouver des offenses là où il n'y en a pas, tout en ignorant la douleur réelle dans le monde. Et là, chapeau bas mesdames et messieurs les wokistes, pour cette contorsion de la réalité.

Cerise sur le gâteau, dans cette vision étroite à effet entonnoir, le wokisme est victime d'une récupération politique outrancière. Eh oui ! L'indignation se vend bien et certains acteurs politiques l'ont bien compris. Ils se sont emparés de cette machine à créer de l'irascibilité et l’utilisent à leurs fins pour diviser, mieux régner et surtout éviter de mettre sur la table de véritables enjeux.