Aux quatre coins de l’Europe, les oligarques russes tombent comme des mouches. Le suicide pour cause de situation de faillite à la suite de leur isolement sur le marché européen, est la thèse véhiculée. La guerre est un désastre économique pour ces grosses fortunes. Mais, la rumeur prend une autre direction autour de ces disparitions. 

Fin janvier 2022, le chef du service de transport de Gazprom Invest, Leonid Shulman (60 ans) est retrouvé mort dans la salle de bains de son domicile, avec des blessures par arme blanche aux poignets. Les services de sécurité de Gazprom affirment alors qu’ils enquêtaient depuis l’automne 2021 sur des soupçons de « fraude présumée » de Leonid Shulman dans le cadre de la modernisation du parc automobile de la société et que « ce suicide serait lié au dossier ».

Le 25 février, Alexander Tyulyakov (61 ans) le directeur général adjoint du service financier de Gazprom, est retrouvé pendu dans le garage de son chalet, près de Saint-Pétersbourg. Un des enquêteurs descendus sur les lieux raconte alors à Novaïa Gazeta, principal journal d'opposition en Russie, que « la police scientifique était déjà au travail quand des gros bras dans trois jeeps sont arrivés. Ils ont dit qu'ils étaient le service de sécurité de Gazprom, ont bouclé la zone, et ils nous ont juste mis, ainsi que la plupart des officiers de police, devant la clôture de la maison ».

Un mois plus tard, le 24 mars, le média russe Kommersant faisait état du décès du milliardaire de 41 ans Vasily Melnikov, retrouvé mort en compagnie de sa femme et de ses deux fils, dans leur appartement luxueux de Nijni Novgorov, à l’ouest de la Russie. Les enquêteurs, cités par le journal, affirment qu'il a été retrouvé mort dans sa salle de bains, une artère tranchée. Sa femme et leurs deux enfants de 4 et 10 ans sont quant à eux été lardés de coups de couteau.

Copyright : L'oligarque Alexander Tyulyakov en 2003

Le 18 avril, les corps sans vie de Vladimir Avaev (51 ans), de sa femme et de sa fille cadette (13 ans), sont retrouvés dans leur appartement de Moscou. Selon la version officielle, l’homme serait devenu jaloux que sa femme soit tombée enceinte de son chauffeur. Or, plusieurs personnes qui ont été en contact avec l'ancien cadre peu avant sa mort ont déclaré qu'il était de bonne humeur et que rien ne laissait présager le pire. C’est Anastasia Avaev, la fille aînée du couple âgée de 22 ans, qui a découvert la scène macabre. Vladimir Avaev était l’ancien vice-président de Gazprombank, une banque privée russe contrôlée en totalité par l'entreprise Gazprom. Il coopérait aussi avec Rostech, une société d'État russe fondée fin 2007, à la tête d'un conglomérat actif dans le développement, la production et l'exportation de produits industriels de haute technicité destinés aux secteurs civils et militaires. 

Copyright : Sergey Protosenya, Vladislav Avaev et Mikhail Watford

Plus étrange encore, Alexander Subbotin, (43 ans), ancien haut responsable du groupe pétrolier russe Lukoil, aurait, lui, été mortellement intoxiqué par du venin de crapaud le 10 mai 2022, rapporte l'agence de presse TASS. Au terme d'une soirée bien arrosée, Alexander Subbotin se serait rendu chez un couple de chamans, qu'il connaissait depuis plusieurs années, dans le village d'Ul'yankovo dans l'oblast de Moscou. Le but ? Faire passer la « gueule de bois » à l'aide de venin de crapaud. Le chaman aurait effectué une légère incision dans la peau de son patient pour y injecter, directement, quelques gouttes du fameux remède. Après plusieurs vomissements, le quarantenaire a semblé se rétablir, mais son état s'est rapidement dégradé ensuite. De fortes douleurs thoraciques apparues. Au lieu d’appeler les secours, le chaman aurait alors administré un calmant au milliardaire, avant de lui recommander de se reposer dans sa cave. Il sera retrouvé mort quelques heures plus tard. Selon les premiers éléments, il aurait succombé à une crise cardiaque, mais une enquête a été ouverte.

Cette vague de suicides ne touche pas que des oligarques basés en Russie. Quatre jours après la décision de Vladimir Poutine d'envahir l'Ukraine, Mikhail Watford (66 ans), un magnat russe du pétrole et du gaz d'origine ukrainienne, est retrouvé pendu dans son garage, à son domicile du sud-ouest de Londres, en Grande-Bretagne. L’enquête est toujours en cours.

Le 22 avril, Sergey Protosenya (55 ans), vice-président d’un autre géant de l’énergie, Novatek, est retrouvé mort dans le jardin d’une villa en Catalogne, rapporte le site d'information espagnol El Punt Avui. Sa femme et sa fille gisent à ses côtés. « Sergey Protosenya s’est imposé comme une personne exceptionnelle et un merveilleux père de famille, un professionnel fort qui a apporté une contribution considérable à la formation et au développement de la société », a déclaré Novatek dans un communiqué. « Malheureusement, des spéculations ont émergé dans les médias, mais nous sommes convaincus qu’elles n’ont aucun rapport avec la réalité », poursuit le groupe. Les Mossos d'Esquadra, la police locale catalane, évoque toutefois belle et bien deux pistes possibles. La première : redoutant de se trouver en situation de faillite, affaibli financièrement par les sanctions internationales, l'homme aurait tué sa famille à l'aide de la hache et du couteau retrouvés près de lui. La seconde : tous ont été assassinés et la scène disposée de sorte à faire croire à un suicide.

Ce sont des similitudes jugées trop grandes pour ne pas éveiller des soupçons. Si à chaque fois, le mode opératoire constaté par les enquêteurs laisse penser à un suicide ou un crime familial, toutes les victimes ont un point commun: ces riches hommes d’affaires sont liés de près ou de loin au Kremlin. L’entourage de Vladimir Poutine ferait « le ménage » pour éliminer non seulement ceux qui s’écartent de la ligne officielle, mais également ceux qui ont contribué à faire gonfler la colossale fortune personnelle de Vladimir Poutine. Et il se fait que Gazprom et Lukoil sont deux des principaux contributeurs à sa fortune.

Si le mystère reste entier quant au sort éventuel réservé aux courtisans déshérités du maitre du Kremlin, il n’est pas inutile de rappeler que depuis le début de son histoire, le KBG traîne une réputation de « nettoyeur d’Etat » pour avoir fait disparaître nombre d’opposants et personnages dérangeants pour le régime.