Les premières affaires de pédophilie dans l'Eglise éclatent aux Etats-Unis à la fin des années 1980. Le prêtre Edward Pipala, est alors poursuivi pour des viols sur mineurs : c’est la première fois que la hiérarchie catholique formule publiquement des excuses publiques. A la même époque, au Canada, l'Eglise n'est pas en meilleure posture. Plus de 7000 Amérindiens ayant séjourné dans des pensionnats religieux dans les années 70 déposent plainte pour « abus sexuel, maltraitance physique et génocide culturel ». En 1995, c’est le cardinal Hans Hermann Groër, archevêque de Vienne, qui est cette fois publiquement accusé d'abus sexuels par deux de ses anciens élèves séminaristes. Irlande, Grande-Bretagne, France, Belgique, c’est ensuite l’Europe toute entière qui s’embrase pour  rompre le silence historique imposé par la hiérarchie ecclésiastique à ses troupes, comme à ses « fidèles ». La première digue a lâché. Un vent de révolte souffle sur le monde catholique et les victimes sortent de l’ombre pour dénoncer les briseurs d’enfance en soutane. L’Eglise catholique est obligée de reconnaître des milliers de viols d'enfants par des ecclésiastiques. 

En 2010, c’est un nouveau scandale qui éclate. Carmelo Abbate, journaliste à la rédaction du magazine italien Panorama, publie une enquête choc, fruit d’une immersion dans le milieu des prêtres gays à Rome. Muni d’une caméra cachée, il s’est infiltré dans les clubs et saunas privés romains. Prêtres en soutane le jour, ils sont parfaitement intégrés dans les cercles gays de la capitale la nuit. 

« Un vendredi soir de juillet, aux alentours de 21 heures. Dans un restaurant de la banlieue de Rome, deux strip-teaseuses se déchaînent sur la piste. Un homme en jean avec une chemise rose entre dans la pièce. Il est arrivé de France à l’aéroport de Fiumicino quelques jours plus tôt. Les deux danseuses s’emparent de lui et lui accordent un show très rapproché, caresses et baisers à la clé. Cet homme est un prêtre. La veille, il célébrait la messe à la basilique Saint-Pierre du Vatican. C’est la première soirée à laquelle je suis invité. La suite risque d’être pleine de surprises… »

Interrogées à propos de l’enquête, les autorités religieuses s’en défendent et minimisent une nouvelle fois face à l’évidence : « ce phénomène existe, certes, mais cela ne concerne qu’une infime partie des religieux », déclare le porte-parole du Vatican par voie de presse. Ce à quoi Carmelo Abbate rétorquera : « c’est faux ! Selon mes recherches, 98 % des prêtres romains sont gays. ».

C’est aussi en 2010, qu’un collectif de femmes adresse, pour la première fois, une lettre ouverte au pape Benoît XVI. Elles lui résument leur statut de parias : « Les pères de nos enfants sont des prêtres. Vivre dans l’ombre et dans la honte nous est insupportable ». Carmelo Abbate pousse alors les limites de son investigation et élargit son propos en analysant les relations complexes que les religieux entretiennent avec leur sexualité. L’occasion d’aborder également les questions posées par le célibat des prêtres et le vœu de chasteté, tout comme celle posée par ces religieuses enceintes qui confient leur enfant en adoption. Loin d’être anticlérical, le journaliste italien entend dénoncer la culture du secret qui règne au sein de l’Eglise. « Je pense que cette culture est néfaste et doit cesser. Ne pas assumer que les religieux sont des hommes comme les autres, animés par des pulsions sexuelles est un vrai déni de réalité », argumente-t-il. 

Et face à la colère du Vatican qui crie alors au « coup de pub médiatique », Abbate précise : « je veux pointer des dysfonctionnements et je n’ai pas l’intention de présenter des excuses à quiconque. Pas même aux prêtres que j’ai piégés. Les sentiments que j’éprouve à la fin de ce long chemin, je les garde pour moi et pour ma conscience inquiète. La seule chose que je ne veux pas garder, c’est le silence ! ».

Sexe au Vatican enquête sur la face cachée de l'église - Carmelo Abbate - Editions Flammarion