Pour participer aux Jeux paralympiques, un système de classification vise à égaliser les conditions d’accès de manière objectives selon les différents handicaps des athlètes. Concrètement, les sportifs sont évalués et divisés en classes, selon comment leur déficience affecte leur performance. C'est le grand tabou du sport paralympique : il y a une culture de l’abus. Le système incite à sous-performer, voire à exagérer, un handicap. « Le niveau de fausse représentation qui a commencé à se produire après 2009 est tout à fait hallucinant dans certains sports et en particulier dans la natation », a déclaré Jane Buckley, ancienne classificatrice en chef du CIP et directrice médicale de l'équipe paralympique australienne. « Les athlètes et les entraîneurs en sont conscients et l'utilisent à leur avantage », affirment un autre membre du CIP.

Des faits que l’enquête menée par les journalistes d’investigation d’ABC démontre en citant, notamment, l’exemple de Stuart Jones. Le sportif a représenté l'Australie en paracyclisme aux Jeux paralympiques de Tokyo en 2021 et aux championnats du monde dans la catégorie trike. Il a subi une lésion incomplète de la moelle épinière en 2014 des suites d’un accident de la route. Il aurait pu ne jamais remarcher. Jones a fini par remonter sur un vélo à deux roues dans le cadre de ses entraînements et a même participé à des compétitions organisées par des clubs cyclistes locaux. Or, il ne l’a jamais notifié au CIP. Un avantage physique sur les autres athlètes car seuls ceux pouvant enfourcher un engin à trois roues, à cause d'un « manque d'équilibre et/ou de restrictions sévères dans le pédalage », sont admis dans cette catégorie en compétition paralympique.

Copyright : Stuart Jones roule sur un vélo à deux roues en juin 2015, après son accident – Emission Four Cornes

Sa partenaire de l'époque, Sandy Kryzius, raconte devant les caméras de l’émission Four Cornes que Jones lui a dit qu'il pensait pouvoir gagner plus facilement dans la classe de paracyclisme à trois roues. Je lui ai dit : « Pourquoi tu fais ça ? ». Et il m'a répondu : « C'est la seule façon pour moi de concourir (…)  Les classifications normales sont trop rapides pour moi ». Sa compagne lui aurait aussi demandé plusieurs fois pourquoi il boîtait en public. « Et, chose surprenante, il m'a répondu : Oh, je fais du paracyclisme. J'ai besoin d'avoir l'air handicapé ».

Le CIP regroupe les athlètes en dix catégories dans le but de minimiser l'impact de la déficience sur les performances. S’exprimant dans le cadre de l’émission, « la classification est essentielle pour préserver l'intégrité et la crédibilité de la compétition. La menace d'une compétition unilatérale et prévisible dans laquelle l'athlète le moins handicapé gagne toujours remet en question les intérêts du sport paralympique », reconnaît l'organisation.

Le CIP a entamé un processus de consultation en 2021 en vue d'améliorer le code de classification et devrait publier un projet de résultats en juillet 2023 prochain. D'autres consultations suivront, avec pour objectif final l'entrée en vigueur d'un nouveau code de classification d'ici 2025 et 2026 et ce afin de « créer un mouvement paralympique meilleur et plus équitable ».

Petit bémol, le JO de Paris de 2024 seront entretemps déjà entrés dans l’histoire …