Dans un mail, nous pouvons lire ceci :

« Bonjour à tou.te.s,

Certain.e.s d'entre vous sont au courant de la situation. Je n'y reviendrai pas par écrit. Vous aurez vu, sans doute, comme moi, avec une immense tristesse les démissions de Sonia et Laïs. Sachez, avant tout, que je suis entièrement solidaire de leur décision et que mon cœur me porte très clairement à les rejoindre en l'état (…) Je demande la convocation en urgence d'une assemblée générale de nos membres, au plus vite de ce que la loi permet (…) Je demande que soit porté à l'ordre du jour de cette Assemblée Générale une motion de censure contre l'intégralité du board actuel subsistant, après les démissions de Laïs et Sonia. (…) A défaut, je remettrai ma démission moi aussi, car je refuse de m'associer à un board qui cautionne des violences sexistes et sexuelles ».

Cette demande formelle d’un membre de l’organe administratif de l’Asbl communiquée le 28 octobre dernier n’a donné suite à aucune réaction du board. « Il nous laisse dans le désarroi le plus total depuis plusieurs mois et Daan Bauwens répète à qui veut l’entendre qu’il est intouchable », nous confie une travailleuse du sexe elle-même malmenée par le directeur. « La précarité de nos personnes et notre métier font-ils de nous un public à ne pas prendre en considération pour ce qui relève du respect ? »

Le 10 mai dernier, notre rédaction rapportait les faits survenus lors du congrès de l’association ESWA (European Sex Workers Rights Alliance), soit : « (…) les agissements déplacés de Daan Bauwens (…) telles que le franchissement des limites personnelles des participants, des attouchements ou des comportements non désirés ». Des faits dénoncés dans un courrier officiel de l’ESWA adressé à UTSOPI le 14 octobre 2022. Dans la foulée de notre parution, ladite membre, juriste de formation, présentait sa démission dans un courriel. Elle évoque en substance de longs mois de laisser-faire dans la négation absolue de nombreux dysfonctionnements. « Je démissionne de l'OA car celui-ci, depuis maintenant plusieurs mois, se comporte de manière abjecte, loin, infiniment loin, des valeurs portées par l'association, et hors de la légalité dans certains cas ». Et de s’exprimer ainsi.

« (…) Cet employé (…) s'est rendu à un congrès organisé par un de nos partenaires et subsidiant. Les rapports venant de ce congrès ont été unanimes, il y a adopté un comportement odieusement déplacé (…) commettant des actes apparentés à un viol et à de l'abus sexuel (s'imposer dans la chambre d'une meuf toute la nuit malgré son refus, profiter d'une femme fortement alcoolisée...) (…) À la suite de cela, des réunions du board ont eu lieu qui décident d'un renvoi de la personne, en lui offrant la possibilité de démissionner pour sauvegarder sa réputation, en reconnaissance de services passés. La décision était entérinée. Quelques jours plus tard une nouvelle réunion a lieu, lors de laquelle 2 membres du board (Pétra et Tom) reviennent sur leur décision et s'opposent maintenant à celle-ci, faisant durer la réunion de nombreuses heures et harcelant les autres membres du board. Un compromis finit par être trouvé consistant à déplacer Daan de fonction pour le remettre au plaidoyer politique, et s'assurer qu'il ne sera plus en contact avec des TDS. Mais la charge et l'attaque morale étant très forte, elle entraîne la démission de Norah et Sonia qui quittent le board. Se trouvant dès lors en majorité, Tom et Pétra décident de passer totalement outre la décision et de ne strictement rien faire ».

Les PV des réunions du board où les faits étaient rapportés et la décision du board de licenciement ont depuis apparemment été supprimés du drive où les documents du board sont conservés. « (…)  ceci est parfaitement illégal et s'apparente à un faux et usage de faux (…) je lui conseille vivement de remettre en ligne le document, car j'ai la preuve qu'il existait (PV de la réunion OA du 16/10/22). Depuis de nombreux faits se sont ajoutés, notamment le flirt réalisé par le directeur sur une des employées, au mépris complet et total de la déontologie, celui-ci aimant à prédater les femmes en situation de fragilité », poursuit la membre démissionnaire.

« Dès le début du dossier Daan, j'ai argumenté qu'une décision si lourde, sur un cas si complexe nécessitait que l'AG soit consultée (…) Ces refus d'organiser une AG, conjointement avec la suppression des documents dans le drive, montre clairement la volonté actuelle du board de cacher les choses aux membres et de minimiser la situation, quitte à mentir si besoin pour se couvrir (…) En conclusion, depuis octobre 2022 le board se conduit de manière infâme (…). Le membre démissionnaire demander de porter à l’ordre du jour d‘une prochaine AG le licenciement de Daan Bauwens. Et une motion de censure à l’encontre des membres du board actuellement en place.

Les travailleuses du sexe, qui ont libéré leur parole malgré une forte pression qui leur était faite au sein d’UTSOPI pour étouffer l’affaire, estiment qu’il est désormais plus que temps que le politique prenne ses responsabilités. Toutes les pièces sont à la disposition des instances subsidiantes (PS, Ecolo, commune de Schaerbeek).

Ce vendredi 13 mai, notre rédaction a (re)pris contact avec Daan Bauwens pour lui permettre, comme de droit, de nous donner sa version face à la pluie d’accusations qui l’accablent. Il n’a pas daigné répondre à notre sollicitation, comme le samedi 6 mai dernier, alors que le même droit de parole lui était donné dans le cadre de notre première parution.