Vous l’aurez compris, cette interview fait grincer bien des dents… Mais sur Twitter, Marlène Schiappa n’a pas manqué de répondre avec aplomb aux critiques. « En France, les femmes sont libres. N’en déplaise aux rétrogrades et aux hypocrites », a-t-elle notamment lâché. Et elle ne manque pas de soutien. Même si Matignon a déclaré ne pas avoir été mis au courant de cet interview, sur Europe 1, le Ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, s’affiche solidaire et cite Cookie Dingler : « vous ne me ferez pas dire de mal de Marlène Schiappa (…) être une femme libérée, c’est pas si facile ». Mouais. La citation dépose le niveau de culture musicale. Citer une chanson dont les paroles s'apitoient sur une gentille gourde qui joue à l'intello, se soucie de son apparence physique à l'extrême et se tape « des machos qui ne l’aimeront pas plus loin que l’aurore », pas sûre que Darmanin ait été sympa avec Marlène par cette référence hasardeuse.

Poussons plus loin la réflexion. Star de la pornographie victimaire, Marlène Schiappa assure les mêmes services que Sandrine Rousseau au sein de sa pseudo « opposition » : des services de diversion spectaculaire sur l’inépuisable thème de la « pleurniche » des détentrices d’ovaires. Des féministes bourgeoises en col blanc, spécialistes de la communauté imaginaire « des femmes ». Si on doit reconnaître un seul « talent » à ces néo-féministes, c’est celui de déposer dans l’espace politico-médiatique, qui se délecte et se régale, des thèses fumeuses qui conduisent les uns et les autres à faire le débat autour d'un barbecue. On est loin de la splendeur et de l’universalisme d’Elisabeth Badinter. Je suis une femme (jusqu’à nouvel ordre). Ces femmes n’interpellent pas ma féminité. Pire, elles l’insultent dans une radicalité à outrance. Et #Schiappa l’insulte d’autant plus qu’elle la détourne.

La fin semble toutefois justifier les moyens pour « camoufler ». Car le vrai scandale d’Etat, ce n’est pas Playboy, mais le fonds Marianne qui a été créé en avril 2021, pour lutter contre le séparatisme et la radicalisation en ligne, après l’assassinat de Samuel Paty, le professeur d’histoire et de géographie décapité le 16 octobre 2020 à Conflans Saint Honorine. Ce fonds visait à « financer des personnes et associations qui vont porter des discours pour promouvoir les valeurs de la République et pour lutter contre les discours séparatistes notamment sur les réseaux sociaux et plateformes en ligne ». Mais, deux ans plus tard, c’est le bad buzz. 

Une enquête conjointe de l'hebdomadaire Marianne et de France 2, diffusée ce mercredi 29 mars, décrit une gestion opaque des deniers publics. Comment ce fonds de 2,5 millions d’euros a-t-il été utilisé ? Comment a-t-il été contrôlé ? Si Marlène Schiappa n’a pour l’heure pas réagi, les oppositions n’ont pas tardé à crier au scandale. « Lever 2 millions contre le cyberdjihadisme après l’assassinat de Samuel Paty. Attribuer la plus grosse part du gâteau à ses amis. Qui se verseront plus de 200 000 € de salaire, en infraction avec les statuts de leur asso. Pour des vidéos à 50 vues », a raillé sur les réseaux sociaux le député insoumis du Nord, François Ruffin.

Dans une question écrite, adressée le 29 novembre 2022 à Gérald Darmanin - et renouvelée le 21 mars 2023 faute de réponse - la députée LFI, Sophia Chikirou s’interrogeait pourtant déjà sur l'attribution du  fonds Marianne qui « présente la possibilité d'une utilisation détournée d'argent public ». Suite à l’enquête menée par Marianne et France 2, début avril, l’Inspection générale de l’administration (IGA) ouvrait enfin une enquête sur « l’attribution de la subvention, l’usage qui en a été fait, et le contrôle qui en a été assuré ». Bienvenu dans la République exemplaire. En attendant, Twitter se délecte en commentaires et attend avec impatience le fameux  shooting sexy de Schiappa.