Piétonnier bruxellois : Dix ans de bla-bla idéologique et de faux calculs

Sur le papier, le piétonnier de Bruxelles inauguré par Yvan Mayeur fin juin 2015 est une « réussite ». Un peu comme la carrière d’Yvan le Rouge, louée par certains mais guère exempte de critiques. Philippe Close se réjouit aujourd’hui de ce geste urbanistique imposé à la ville même si, comme pour s’en convaincre, il répète inlassablement les mêmes informations. Un peu comme une montre cassée qui indique la bonne heure deux fois par jour. C’est rarement vrai. Souvent faux.
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Sur le papier, le piétonnier de Bruxelles inauguré par Yvan Mayeur fin juin 2015 est une « réussite ». Un peu comme la carrière d’Yvan le Rouge, louée par certains mais guère exempte de critiques. Philippe Close se réjouit aujourd’hui de ce geste urbanistique imposé à la ville même si, comme pour s’en convaincre, il répète inlassablement les mêmes informations. Un peu comme une montre cassée qui indique la bonne heure deux fois par jour. C’est rarement vrai. Souvent faux.

Parmi les raisons de réjouir le bourgmestre socialiste, on peut lire dans la presse (à noter qu’il n’y a effectivement plus qu’une seule « presse » depuis la fusion Rossel-IPM), « on a plus d’entreprises qui s’installent, et pas des petites, comme Engie, TotalEnergies, Bank of New York. » Rions un brin.

[PAYWALL]

Cet argument répété depuis 120 mois masque mal que les « grands noms » tant annoncés par Yvan Mayeur ne sont finalement jamais venus prendre possession du Times Square bruxellois (ou du moins sa métaphore). Et les 3 « trophées » de Close ne sont jamais que des relocalisations de Bruxelles… vers le centre. Un jeu de bonneteau immobilier pour gogos crédules.

Les entreprises qui s’installent

Prenons Engie, on parle bien du déménagement des Tours Engie (Boulevard Simon Bolivar, quartier Nord) vers le nouveau bâtiment OXY (situé entre la Place de la Monnaie et la Place de Brouckère). Côté Bank of New York, il s’agit du simple transfert de la Rue Montoyer 46 (quartier européen) vers le Boulevard Anspach 1. La BNY comptait près de 800 employés en 2013 et n’en compterait plus que 500 aujourd’hui. Avec, cherry on the cake, quelques rumeurs ces dernières semaines qui évoqueraient une délocalisation de 90 % de ses effectifs vers la Pologne. A peine arrivés, déjà partis ?

 Quant à TotalEnergies, Philippe se la joue grenouille : on parle d’une entité du groupe, savoir Total  Petrochemicals & Refining, qui était anciennement installée 52 rue de l’Industrie à 1040 Bruxelles. Joli coup d’avoir piqué ce déménagement à la commune d’Etterbeek, mais on n’est pas non plus dans le transfert du siècle façon Silicon Valley.

Pour obtenir une image un peu plus objective, BECI (Chambre de Commerce de Bruxelles) écrivait en 2023 : « Quel est encore l’intérêt de rester, s’établir ou construire des immeubles de bureaux en Région bruxelloise ? ». Tandis qu’un article de février 2025, publié par La DH/Les Sports, rapporte « un exode record des entreprises TIC (technologies de l’information et de la communication) hors de Bruxelles, selon la fédération technologique Agoria. En 2023 toujours, un solde net de 166 entreprises TIC aurait en effet quitté Bruxelles pour la Flandre ou la Wallonie, un chiffre quadruplé par rapport à 2013 (45 entreprises).

En cause, la fiscalité, la mobilité, les freins au recrutement, les lourdeurs administratives et l’équitabilité de la fiscalité des entreprises. C’est rigolo : tous ces obstacles ont justement été pris en compte par la majorité PS-MR qui a significativement alourdi la note budgétaire de juin 2025 relative à ces sujets.

Les yeux qui piquent

Mis à part cet écran de fumée immobilier, le bourgmestre satisfait ne peut contrer des avis plus tranchés, issus de sa propre famille progressiste. Ainsi de l’ARAU (Atelier de recherches et d’actions urbaines) qui dénonce un projet devenu, selon ses mots, un « modèle dépassé » des années 1980 et qui fustige la « hamburgerisation » du piétonnier trop concentré sur l’événementiel et la mono-fonctionnalité de l’horeca (principalement fast food), présente dans 51% des cellules commerciales.

Qu’à cela ne tienne, Close, ancien échevin du tourisme demeure un acharné des statistiques de fréquentation et ne peut pas envisager autre chose qu’un succès lorsqu’il note que le piétonnier est devenu en 2024 la quatrième artère la plus fréquentée de Bruxelles avec 29.100 passages quotidiens, derrière la rue Neuve, la Porte de Namur et la Grand-Place. Certes, mais entre la Rue Neuve et la Grand Place, on serait tenté de croire que les mêmes personnes sont comptées 3 x sur des surfaces qui sont, rappelons-le, totalement adjacentes…

Pas vraiment les rois du marketing

D’ailleurs, au vu du succès de son fameux Musée de la Bière (pardon, Belgian Beer World) qui n’accueille pas plus de 300 visiteurs par jour au lieu des 1.000 envisagés dans le business plan, Close devrait légitimement se demander ce que fabriquent les 28.700 autres piétons. Une crise dans la crise puisque notre bourgmestre vient de se résoudre à proposer un billet combo « Belgian Beer World et Atomium » à 37 € (tout de même).

 Réussissant en cela l’exploit de proposer un billet combiné… plus cher que les 2 billets individuels : 16 € pour l’entrée de l’Atomium et 19,50 € pour le BBW soit, si nous calculons bien les tarifs présentés sur les 2 sites officiels… 35,50 € au lieu de   37 € !

Cela fait pourtant longtemps qu’on essaie de te prévenir, Philippe: le business, c’est un métier incompris de la politique.

Foster Laffont

La Une

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