Citoyen naïf et plumé, chacun de nous a accueilli avec intérêt les efforts louables de la prédation politique souhaitant nous faire participer à leurs décisions, urbanistiques ou autres. Ces élus sont à notre service et nous avons bien évidemment notre mot à dire. Bien sûr. A la pêche aux voix, l’important c’est toujours de bien faire gober l’hameçon.
Consultation, concertation, co-construction, participation,… les initiatives se télescopent mais, dans les faits, prévaut le sentiment diffus que ce qui a été décidé… est coulé dans le bronze et que, à part quelques points de détail comme la couleur des bancs ou le nombre de poubelles, tout est déjà joué.
A tel point que ces réunions d’expertise, soirées d’échange et autres journées de la transparence donnent plus l’impression d’une perte de temps que d’un réel progrès du contrôle citoyen par rapport à son environnement propre.
Des millions et de la frustration
En face, dans l’équipe des décideurs, lisons le bourgmestre Close, par exemple, qui n’exprime pas un sentiment très éloigné dans un article du magazine Trends* et avec l’aplomb de celui qui sait ce que dépenser l’argent des autres signifie : « Les millions d’euros qui sont dépensés en frais d’avocat sont un scandale. Je suis frustré de voir autant d’argent dépensé dans les recours au Conseil d’État pour contester des projets urbanistiques. » Une « frustration » qu’il ne ressent guère face aux millions dépensés en avis juridiques sur son projet Néo mais glissons…
CADA-strophe
Une étude, reprise par le GERFA (Groupe d’Etude et de Réforme de la Fonction Administrative) et rédigée par les soins des riverains laekenois**, très en pointe sur de nombreux dossiers urbanistiques, analyse ces initiatives Potemkine par la lentille des décisions de la CADA (Commission d’Accès aux Documents Administratifs), organisme actif au niveau bruxellois et fédéral.
Pour faire simple, si le citoyen invité à co-construire son avenir se sent un peu pigeon, il a le droit de demander copie de tout document sur le projet qui lui est présenté. Manière de mieux comprendre les tenants et aboutissants dudit projet, voire d’appréhender les coulisses parfois tortueuses de ce qui a été décidé « pour son bien ». Pour ce faire, une demande à la CADA et hop, voilà le document ? Pas si simple ! Car nos politiques sont roués et ces demandes à la CADA décrivent en creux toutes les turpitudes de cette participation citoyenne dont les politiques se moquent comme de leur premier mandat.
En voici quelques saillies exemplatives.
L’expertise fantôme
Réunion publique avec Karine LALIEUX (PS) affirmant l’existence d’un rapport d’expertise Infrabel invalidant les demandes des riverains pour une révision du projet. A la demande de produire ce rapport et devant le silence de la ministre, « l’avis de la CADA a poussé la ministre à répondre qu’elle ne disposait pas du rapport demandé… qui après double vérification auprès d’Infrabel… n’existait pas. »
L’art d’éviter un débat en s’appuyant sur du vent. (Avis CADA 2022-79 (17/11/2022)
Les notes inutiles
Lors d’une soirée d’échange destinée aux riverains d’un autre projet, informés à grand renfort de PowerPoint dans une « ambiance de positive attitude », il est promis que les demandes des riverains seront intégrées dans la réflexion de ce projet. Beliris est cette fois à la manœuvre. Afin de vérifier si tout a bien été intégré, demande est faite d’obtenir la copie des notes de cette réunion du 28 juin 2023. Beliris confirmera que les notes manuscrites du fonctionnaire ne seront pas intégrées au dossier, ne constituent donc pas un document administratif, ne peuvent dès lors pas être communiquées, et ne feront pas l’objet d’une intégration au projet. Une belle soirée de com’ pour rien. (Avis CADA 2023-118 (01/08/2023)
Le barrage au rapport de l’inspection des finances
On se souviendra de la polémique sur le musée d’art contemporain Kanal née des nominations PS à gogo, un financement exagéré par rapport au sous-financement chronique des musées existants et un Rudi Vervoort (PS) totalement furibond s’en prenant au rédacteur du rapport de l’inspection des finances. Une décision CADA viendra à bout de la mauvaise volonté de Rudi, ce qui n’empêchera pas de nombreux nouveaux rebondissements. (Décision 627.23 – (24/11/2023).
Le bourgmestre des promoteurs immobiliers
Si « la tendance naturelle de la Ville de Bruxelles est de refuser d’emblée et sans grande finesse tout document (…) », comme le souligne l’auteur de l’étude, Cédric Dartois, « tous ces recours à la CADA démontrent que le système (…) ne tourne pas rond. (…) Ces projets imposés ‘d’en haut’ après une concertation de façade heurtent l’imaginaire des habitants, souvent plus en phase avec leurs besoins réels que les propos de Philippe Close », dans le magazine des affairistes et autres promoteurs immobiliers.
Foster Laffont
* « Les recours freinent le développement de Bruxelles », Trends-Tendances, 1er décembre 2022.
** Les ‘Amis du Parvis de Laeken’, étude et article par Cédric Dartois






