En 2022, dans le cadre de la rédaction de mon livre, j’ai voulu confronter mon expérience du barreau à celle de mes pairs. Je souhaitais pouvoir cerner comment d’autres vivaient leur métier. Cette démarche faisait suite à la création d’une formation à l’attention des avocats en 2020 qui leur permet de viser la résolution des conflits mais également leur pacification en alliant le droit et le développement personnel, et à établir un meilleur équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée. 

A l’époque, j’ai constaté qu’il n’existait pas d’étude concernant la santé mentale des avocats. J’ai lancé une enquête au sein des barreaux francophones de Belgique afin de connaître les facteurs de motivation et de démotivation des avocats. Cette enquête, qui n’a pas de portée scientifique, reste intéressante en ce qu’elle apporte des informations dont nous n’avions pas connaissance jusque-là.

Il en ressort que 46,6 % des avocats qui ont répondu ont remis en cause leur métier en raison d’un événement qui est survenu à l’occasion de l’exercice de celui-ci. Et pour plus de 28 % d’entre eux, il s’agit d’un événement qui a impacté leur santé. 

Plus de 70 % des avocats déplorent la lourdeur des tâches administratives auxquelles ils sont confrontés et 28% la qualité des relations avec leurs confrères et consœurs, avec leurs collaborateurs, avec les magistrats ou encore avec les clients.

Ces chiffres sont interpellant en ce qu’ils confirment la pénibilité accrue à exercer notre métier qui est ressentie par un grand nombre d’avocats.

Tout comme d’autres domaines de notre société, nous avons à repenser notre métier en réinvestissant la dimension humaine de sa pratique. C’est une inspiration qui est largement partagée et qui trouve déjà du souffle dans la pratique des modes alternatifs de règlement des conflits (négociation raisonnée, arbitrage, tierce décision obligatoire, médiation, droit collaboratif notamment). 

C’est une première invitation à revoir notre posture en quittant la conception du règlement des conflits sur la base d’une application binaire gagnant-perdant dans un rapport de force essentiellement centré sur la satisfaction d’intérêts personnels au détriment de l’autre. Cette nouvelle posture invite les avocats à remettre en cause la pratique traditionnelle du métier et la manière de concevoir tant la communication que la gestion des émotions vécues à l’occasion du conflit. Le justiciable attend aujourd’hui davantage de son avocat qu’une réponse strictement juridique. Nous avons à nous ouvrir à la dimension émotionnelle de notre métier tant dans la relation avec nos clients, avec nos confrères et consœurs qu’avec les magistrats. Cette dimension émotionnelle est également une invitation pour l’avocat à conscientiser et à travailler ses propres émotions. Cette montée en puissance de sa propre intelligence émotionnelle contribuera sans aucun doute à ce qu’il puisse transformer les conditions d’exercice de son métier et à acquérir un meilleur équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie privée.

Afin d’approfondir cette première analyse, il sera certainement intéressant de pouvoir disposer d’une étude à l’échelle nationale concernant la santé mentale des avocats afin de pouvoir avancer, de manière éclairée, dans la mise en place d’une autre façon d’exercer notre profession.

Avocate et médiatrice agréée
Auteur De justice à justesse : être avocat autrement, Anthemis 2023