D’abord empoisonné puis condamné et décédé en prison. Alexeï Navalny a sans doute payé de sa vie sa lutte contre Vladimir Poutine, dénonçant sans relâche la répression et la corruption de son régime, tout comme l’assaut qu’il a déclenché contre l’Ukraine.

Le cas de l’empoisonnement d’Alexei Navalny avait suscité une attention mondiale et avait été l’une des affaires les plus médiatisées en Russie ces dernières années. Le 20 août 2020, Alexei Navalny, un réfractaire notoire au gouvernement russe et un leader dérangeant de l’opposition, était tombé gravement malade à bord d’un vol intérieur en Russie. Après un atterrissage d’urgence, il avait été transporté en Allemagne pour y être traité. Les médecins allemands avaient conclu qu’il avait été empoisonné par un agent neurotoxique du groupe Novichok, une substance chimique développée autrefois par l’Union soviétique.

Cet incident avait déclenché une condamnation internationale généralisée en exacerbant les tensions entre la Russie et de nombreux (courageux ?) pays occidentaux. Des appels avaient été lancés pour une enquête approfondie et transparente sur cet empoisonnement… autant pisser dans une balalaïka !

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Pour sa part, le gouvernement russe avait nié toute participation dans l’empoisonnement de Navalny, qualifiant les allégations d’accusations infondées et politiquement dirigées. Les autorités russes avaient refusé de lancer une enquête criminelle sur l’affaire, affirmant qu’il n’y avait aucune preuve de crime… il fallait le dire vite !

Rétabli, malgré les risques pour sa vie et les pressions politiques, il était retourné en Russie en janvier 2021, où il a été immédiatement arrêté dès son arrivée ? cela avait déclenché des manifestations à travers le pays, mettant en lumière le mécontentement d’une certaine frange de la population à l’égard du gouvernement russe et du traitement de Navalny.

Au bout de ses convictions…

Dès cette époque, l’empoisonnement de Navalny a mis en évidence les dangers auxquels sont confrontés les opposants politiques en Russie et a ravivé les préoccupations concernant l’état de la démocratie et des droits de l’homme dans le pays. 

Aujourd’hui, sa mort dans une colonie pénitentiaire reculée au fin fond de l’Arctique (une des plus rudes du système carcéral russe) remet tristement le dossier en lumière. Il avait été Incarcéré à Moscou en janvier 2021 au motif d’ « extrémisme » avant d’être transféré il y a quelques mois à peine dans cet enfer isolé du monde. 

La prison n’avait, semble-t-il, pas entamé sa détermination. Au cours de ses audiences et dans quelques sporadiques messages filtrés et diffusés par l’intermédiaire de ses avocats, il continuait à critiquer sans langue de bois Vladimir Poutine, qu’il qualifiait de « papy caché dans un bunker ».

Lors de son procès en août 2023, il avait également évoqué l’assaut russe contre l’Ukraine en dénonçant « des dizaines de milliers de morts dans la guerre la plus stupide et la plus insensée du XXIe siècle ». Il s’y efforçait aussi d’afficher son soutien à ses camarades d’infortune, emprisonnés comme lui, fustigeant une justice russe «fasciste» alors que, réfugiées à l’étranger, ses équipes continuaient de diffuser des enquêtes sur l’enrichissement des élites politiques qui profitent bassement du conflit en Ukraine.

Eternel optimiste, l’opposant était persuadé qu’une autre Russie était possible. «Je sais que les ténèbres disparaîtront, que nous gagnerons, que la Russie deviendra un pays pacifique, lumineux et heureux», écrivait-il en juin 2023.

Sa nécrologie était écrite…

Alexeï Navalny est né en 1976 dans la banlieue de Moscou (son père était originaire d’Ukraine, dans la région de Tchernobyl). Il entame des études de droit à Moscou qu’il complétera par une formation à l’université de Yale, aux Etats-Unis. Dès 1998, il exerce en tant qu’avocat. Un statut qui lui sera retiré suite à une condamnation de la justice russe. S’opposant ouvertement au régime dirigé par le nouveau Tsar en dénonçant des fortunes détournée, il était parvenu à rallier une certaine partie de l’opinion russe au point de figurer à bonne place aux élection municipale en 2013… cela n’avait pas plu !

Ni tout blanc, ni tout noir, certains lui reprochaient par exemple ses accointances avec l’extrême droite ou encore son ambiguïté sur l’annexion en 2014 de la Crimée ukrainienne par la Russie. Mais son cas était devenu une cause et du pain béni pour tous les opposants, les ONG et les Occidentaux !

Dans la foulée, refusant l’exil et bravant tous les dangers, il était rentré le 17 janvier 2021 en Russie… pour y être arrêté !

« Je ne me tairai pas… », avait-il déclaré devant le tribunal en septembre 2022 en dénonçant l’offensive russe contre l’Ukraine… D’autres s’en sont chargés pour lui ! 

Son décès bien mystérieux soulève évidemment beaucoup de questions. Selon les services pénitentiaires russes, il serait mort après avoir eu un soudain malaise en rentrant d’une promenade bucolique, le fond de l’air devait être plutôt frais !

L’hôpital voisin de la prison a annoncé que des secouristes avaient été envoyés sur les lieux en plus ou moins sept minutes mais qu’ils n’avaient pu que constater le décès malgré plusieurs tentatives pour le ranimer.

Au moment d’écrire ces lignes, la cause du décès d’Alexeï Navalny n’avait pas encore été déterminée, son corps restaient d’ailleurs bien caché.

Sa famille et ses avocats crient évidemment au complot et à l’assassinat pur et simple, le doute semble clairement bien plus que permis ! Un doute confirmé par quelques témoignages qui sont passés entre les mailles du filet de la censure russe. L’agence de presse d’Etat Ria Novosti a ainsi relaté qu’il avait participé par vidéo la veille de son malaise fatal à deux audiences devant un tribunal régional et qu’il ne s’était pas plaint de sa santé. Par ailleurs, sa mère a également affirmé avoir vu son fils le 12 février dans sa colonie pénitentiaire et qu’il était alors «en bonne santé et d’humeur joyeuse», et ce malgré les brimades à répétition dont il était victime au quotidien…
la patience des Tsars a toujours eu des limites !