Les faits se sont produits mardi 27 juin, à 8H30, près de la station de RER Nanterre-Préfecture, en banlieue parisienne. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, authentifiée par l’AFP, expose le drame aux commentaires citoyens haineux à l’encontre des forces de l’ordre. Or, on apprendra rapidement que Nahel était un jeune homme bien connu des services de police. Malgré son jeune âge, l'adolescent, déscolarisé, n'en était pas à son coup d'essai. Il avait déjà fait l'objet de douze interpellations pour des délits divers. Au traitement des antécédents judiciaires, son nom était rattaché à quatre refus d'obtempérer. Certains ont été classés sans suite, un autre a débouché sur la mise en place d'une mesure éducative prononcée par un juge des enfants. Enfin, son dernier refus d'obtempérer - le quatrième, avant le drame - remonte au 24 juin. Nahel avait alors été placé en garde à vue et devait comparaître devant le tribunal des enfants en septembre prochain. Ce qui ne l'a pas empêché de recommencer trois jours plus tard. Le jeune homme était aussi connu pour conduite sans permis et sans assurance. Selon les autorités, c'est sa conduite dangereuse, mardi, qui avait justifié le contrôle de police qui lui a été fatal. Et pourtant, tout un pays s’embrase. 

Les relations entre les jeunes de certains quartiers et les forces de l’ordre sont de moins en moins au beau fixe. Preuve en est, l’actualité française récente. Ce qui est désigné comme étant une « bavure policière » - puisque le policier de 38 ans, expérimenté et père de famille tranquille, est poursuivi pour homicide volontaire - est la résultante malheureuse d’une insubordination à l’autorité de plus en plus marquée. Des incivilités et rébellions, seul ou en bandes, défrayent régulièrement la chronique et les affrontements avec les forces de l’ordre son quasi permanents. Les jeunes n’hésitent pas à narguer, voire à provoquer. Si les banlieues concentrent, certes, des problématiques sociales plurielles, la confrontation et la désobéissance à la loi, soit les règles de notre vivre ensemble, ne tolèrent aucune excuse.

On voudrait du policier qu’il prenne sur le fait le dealer de drogue de la cité, qu’il interpelle le vandale, qu’il retrouve le chauffard ou le homejacker. On voudrait aussi qu’il empêche les voisins de faire du bruit, qu’il gère une dispute familiale et qu’il ramène le fils en décrochage scolaire sur les bancs de l’école. Entre le maintien de la tranquillité et la répression des crimes et des délits, il existe peu de métiers qui soient autant exposés aux exigences du public. Paradoxalement, une certaine jeunesse ne semble pas percevoir l’utilité bienveillante de la police, pire, elle la considère comme une institution contraignante créée pour l’ennuyer et lui faire obstacle, et non pour la servir et la protéger. « Pour faire respecter l’autorité de l’État, la police doit inspirer de la confiance. Le concept de légitimité des forces de l’ordre compte sur le consentement, la coopération et le soutien de la population lors de ses interventions. Or, les dépositaires de l’autorité publique gèrent de plus en plus mal une certaine insubordination citoyenne. Il n’est pas normal qu’un jeune de 17 ans arrêté par des policiers cherche à leur échapper en violation des règles ! », nous précise Thierry Belin.

Et de poursuivre : « Par-delà l’horreur de perdre un enfant, les évènements, si dramatique soient-ils, ne peuvent être le déclencheur de violences urbaines injustifiées.  Le syndrome de Nanterre sert aussi d’excuse pour de la violence gratuite. La fracture sociale n’explique pas tout. Il y a un vrai problème de violence entretenue envers les forces de l’ordre dans une frange de la population. C’est le même problème chez nous, en Belgique. Et c’est toujours les mêmes qui n’obéissent pas. Avec quelles lourdes conséquences ? Un gamin qui perd la vie et un bon policier, apparemment, dont la vie est foutue ! C’est juste inacceptable ! ».

Selon son avocat, Maître Laurent-Franck Lienard, le policier, placé en détention provisoire, était « extrêmement bien noté » par sa hiérarchie. Il se serait même fait remarquer positivement puisqu'il a été décoré de la médaille de la sécurité intérieure en 2020 pour son travail durant le mouvement des gilets jaunes et, en 2021, de la médaille des actes de courage et de dévouement pour l'interpellation de l'auteur d'une séquestration dans le Val-d'Oise. « Mon client n'avait, avant la mort de Nahel, jamais tiré sur quelqu'un. C'était la première fois qu'il utilisait son arme de service », a précisé Maître Lienard par voie de presse. L’instruction devrait nous éclairer sur les circonstances exactes de ce drame.