Le MR, autrefois première force politique bruxelloise, a perdu 20% de ses électeurs  en 30 ans. La faute aux lois immigrationnistes votées par ... le MR en l’an 2000.

Depuis 20 ans, le MR essaye de faire émerger à Bruxelles des personnalités d’origine étrangère afin de mieux coller à la sociologie bruxelloise. Et depuis 20 ans, la sauce ne prend pas. Qui se souvient de Moustafa Ouzekti, transfuge d’Ecolo, placé par Daniel Ducarme  3ème sur la liste MR en 1999 ? Défi a le même problème, ne comptant aucun élu d’origine arabo-musulmane. Et si la neutralité de l’Etat était tout simplement un concept invendable à la majorité des musulmans de Bruxelles ?

Hadja Lahbib, ni de gauche ni de droite 

Sur une échelle gauche - droite, la seconde de la liste à la Région, Hadja Lahbib,  a déclaré n’être ni de gauche ni de droite et le 3ème à la Chambre, Youssef Handichi, dont nous avons rappelé la semaine dernière le bilan au parlement bruxellois, est passé en quelques mois du communisme au libéralisme. Est-ce crédible pour les électeurs libéraux ?

Communautarisme et islamisme

PTB, PS et Ecolo sont de plus en plus soumis aux revendications communautaires de leurs élus et de leur électorat, en poussée démographique constante. Selon Statbel, 61% de la population bruxelloise est désormais d’origine extra-européenne. Cette mutation démographique de grande ampleur en quelques décennies, se traduit aussi de façon manifeste au parlement régional bruxellois. En 1995, il y avait quatre candidats d’origine arabo-musulmane, mais un seul musulman rigoriste, les trois autres étant des laïques convaincus, parfaitement assimilés qui apportaient une vraie diversité aux listes électorales, sans aucune concession à l’islamisme. Un quart de siècle plus tard, en 2019, dans ce même parlement régional, ils sont vingt-trois, dix-sept d’origine marocaine et six d’origine turque, la plupart surfant sur le communautarisme. Ils seront encore plus nombreux après le 9 juin. Au sein du PS, les tenants de la neutralité de l’Etat ou de la laïcité, comme le président de ce parlement, Rachid Madrane, sont progressivement marginalisés. 

Conséquences des lois immigrationnistes de 1999/2000

Bruxelles était autrefois une région libérale. Du temps du ministre-président Hervé Hasquin, comme il ne cessait de le répéter, le MR était incontournable. En 30 ans, il a perdu un cinquième de cette prérogative ! Aux dernières élections, il n’était plus que troisième parti, bien contourné désormais et depuis 20 ans dans l’opposition. 

Cette situation est la conséquence de lois immigrationnistes  votées en 1999/2000 par la coalition libérale/ socialiste/ écologiste dont Guy Verhofstadt (VLD) était le Premier ministre et Louis Michel (MR), le vice-Premier. Dans un joyeux enthousiasme pour la société multiculturelle, qui figurait en tête de la Déclaration gouvernementale 1999, le regroupement familial fut facilité, la nationalité accordée après trois ans de résidence (sans condition d’intégration) et des dizaines de milliers de clandestins furent régularisés, créant un fantastique «appel d’air» pour d’autres migrants. 

Des militants évincés au profit de candidats douteux 

Trente ans plus tard, le MR (et ses électeurs) payent toujours les conséquences de ces lois irresponsables qui ont transformé le pays en profondeur, sans débat et sans consultation des citoyens. Aujourd’hui, ce parti écarte des listes des militants fidèles qui n’ont que le défaut d’être des Belges d’origine, au profit de candidats douteux comme Mohamed El Hamrouni qui veut «favoriser la mixité raciale» (sic). Et une telle énormité, aujourd’hui au MR, ça passe !  

Bref, le Mouvement réformateur s’est lui-même tiré une balle dans le pied et il ne sait toujours pas comment se soigner. 

Alain DESTEXHE