Si l’on s’en tient au seul domaine de la mobilité, le passage au tout électrique pour les déplacements motorisés à l’horizon 2050 ne permettra de faire que 45% du chemin à parcourir vers la neutralité carbone. Les 55% restants devant être assurés par du report modal, soit l’utilisation d’autres moyens de transport que l’automobile, mais aussi par un renforcement de la vie en proximité pour réduire drastiquement les déplacements en voiture individuelle. Au-delà de la nécessité environnementale, selon une enquête « Aspirations liées à la mobilité et aux modes de vie – enquête internationale », réalisée par Forum Vies Mobiles, la moitié de la population souhaite vivre et travailler dans son quartier et 100 % des Occidentaux désirent travailler à moins de 30 minutes de leur domicile.

Enseignant à l’université de la Sorbonne et inventeur du concept de « ville du quart d’heure », Carlos Moreno propose une réinvention de nos zones urbaines : des villes où tous les quartiers s’organisent autour des besoins humains de base. Le cadre de la ville de 15 minutes de ce modèle comporte quatre composantes : la densité, la proximité, la mixité et l'ubiquité. Pour son créateur, cette nouvelle manière de vivre et de se déplacer en ville permettrait de relever le triple défi écologique, économique et social. Cette proximité heureuse recréée au sein des villes permettrait de lutter à la fois contre les inégalités et contre le réchauffement climatique, tout en restituant le lien social qui s’est étiolé au fil des décennies entre les citadins. Les quartiers deviendraient riches et vivants. L’entraide et la solidarité seraient facilitées. La consommation de CO2 diminuerait drastiquement. 

Certaines villes, comme Medellin, proposent déjà des services de proximités divers et variés situés à moins de 15 minutes à pied ou à vélo du domicile. Le concept de la « ville du quart d'heure » est également promu à Montréal, Milan, New York et ailleurs. Il ne fait cependant pas l'unanimité.

Si cette conception apparaît comme séduisante, elle pose cependant un certain nombre de questions de fond. La première concerne les inégalités sociales : la ville du quart d’heure ne concerne-t-elle pas qu’une frange de la population aisée des centres urbains, tandis que les travailleurs permettant son fonctionnement resteraient dans des périphéries éloignées, ce qui aurait pour effet d’exacerber les disparités urbaines existantes dans les quartier ? La question se pose également pour les travailleurs mobiles. Le principe, dont le télétravail est une des clés de voûte, saura-t-il s’adapter aux contraintes des professions dont les besoins de déplacements sont incompressibles ? La dernière question enfin est spatiale : la « ville du quart d’heure » est-elle susceptible de se décliner dans les espaces périurbains et ruraux, et si oui, comment ?