Les 1er et 2 juin 1955, le socialiste Paul-Henri Spaak et ses cinq autres collègues ministres des affaires étrangères réunis à Messine ont déclaré qu’il n’y aurait pas d’avenir pour la communauté européenne sans une énergie abondante et bon marché. Ils ont dit cela, car ils savaient que les scientifiques se préparaient à révolutionner la production d’électricité. Le traité Euratom qui a été créé à la suite de cette rencontre a ainsi ouvert la voie à ce qui est aujourd’hui la principale source d’électricité de l’Union européenne (26 % de l’électricité est d’origine nucléaire contre 13 % et 4 % pour l’énergie éolienne et solaire respectivement). Ce fut une époque de fierté scientifique. Je me souviens que lorsque j’étais étudiant, il y avait un engouement des jeunes pour les cours à option pour étudier cette merveille technologique. La France construisait jusqu’à cinq centrales nucléaires par an. L’avance de l’Union européenne était impressionnante.

Les Soviétiques, dans leur détermination à détruire l’économie de marché, ne pouvaient accepter ce qui donnait à l’UE une prééminence énergétique, et donc un avantage économique majeur. Ils ont utilisé des espions est-allemands pour infiltrer les hippies ouest-allemands auxquels la honte du nazisme avait insufflé un pacifisme naïf. Leur « Atomkraft? Nein, Danke! » est vite devenu « Nucléaire ? Non merci ». L’ADN du parti Ecolo est en effet historiquement antinucléaire. Et il ne faut pas se laisser abuser par leur affirmation selon laquelle la nouvelle génération d’écolos a changé . Je n’en crois rien. 

S’ils étaient « convertis », ils n’auraient pas tout essayé avant d’être pulvérisés par l’évidence de devoir maintenir deux réacteurs (tout en obtenant la fermeture de Doel 3, cette effroyable erreur qui devra être réparée). Pourquoi parlent-ils encore de Tchernobyl et Fukushima qui ne peuvent absolument pas être pris en compte pour s’opposer au nucléaire ? S’ils ne sont plus antinucléaires, pourquoi a-t-il fallu l’atrocité des morts et des souffrances en Ukraine pour leur ouvrir les yeux sur l’évidence ? L’échec de 50 années d’écologisme est acté et toutes leurs autres utopies subiront le même sort, car elles sont irrationnelles et ascientifiques. 

Vote négatif d'Olivier Chastel contre la taxonomie

Pour ne plus leur permettre de sévir, il est urgent de désintoxiquer la population belge. Hélas, la sympathique, mais dangereuse utopie du remplacement de l’électricité nucléaire par des éoliennes et des panneaux solaires a conduit presque tous les partis en Belgique à rejoindre le mouvement antinucléaire des écologistes. Par respect pour Paul-Henri Spaak, ne mentionnons pas les socialistes d’aujourd’hui qui, il y a encore quelques semaines, étaient farouchement opposés au maintien de l’énergie nucléaire. Même les deux partis libéraux ont été ensorcelés par le mouvement antinucléaire. Guy Verhofstadt est devenu un écologiste de choc à Bruxelles-Strasbourg et un ardent défenseur des énergies 100 % renouvelables. A-t-on oublié que Charles Michel et Olivier Chastel, qui dirigeaient le MR, étaient tout aussi radicalement antinucléaires que les écologistes ? D’ailleurs en juillet dernier, Chastel, à Strasbourg, a voté contre la taxonomie de la Commission européenne qui reconnaissait l’électricité nucléaire comme une énergie décarbonée. Charles Michel, qui avait presque toutes les cartes en main dans la négociation suédoise, porte une lourde responsabilité. Dans les négociations de la Suédoise, il s’est entouré de personnes qui n’avaient aucune culture énergétique et qui suivaient le VLD dans sa détestation du nucléaire, d’autant plus que pour les Flamands, le nucléaire belge est français.

Avec le professeur André Berger, nous avons écrit des lettres personnelles et ouvertes à des Premiers ministres, des membres du gouvernement ou autres informateurs royaux, mais ils ne nous ont jamais envoyé ne serait-ce qu’un accusé de réception. Ils étaient tellement antinucléaires qu’ils ne pouvaient pas perdre leur temps avec un climatologue de renommée mondiale et un expert (apolitique) de la géopolitique de l’énergie. 

Heureusement, le changement de présidence au MR a permis d’éviter une catastrophe. Le trio Bouchez, Clarinval et Marghem a réussi à remettre un peu de bon sens dans la politique énergétique de la Belgique. Il faut non seulement les féliciter, mais aussi les encourager à transformer la détestation du nucléaire en fierté nucléaire, comme ce fut le cas entre 1955 et 1985.

Maintenant que la poursuite de l’exploitation (terme exact utilisé par l’ancien vice-premier ministre Jean-Pol Poncelet) est acceptée, la fierté nucléaire doit être réintroduite afin de préparer les centrales nucléaires du futur proche, car celles-ci devant être installées partout dans le monde si le mot « prospérité » a encore un sens. Le 22 décembre dernier, le Professeur Berger m’a dit que nous avions besoin d’une nouvelle « Muette de Portici ». C’est fait, mais il ne faut pas baisser les bras et revenir à la fierté nucléaire : cesser de faire peur, reconnaître et expliquer que les énergies renouvelables vent/soleil resteront marginales, montrer que la population mondiale ne peut pas vivre dans la pauvreté énergétique, enseigner que la sobriété énergétique n’est pas compatible avec la qualité de vie que nos aînés ont acquise. Ils nous ont appris qu’il n’y aura pas d’avenir sans une énergie abondante et bon marché. L’énergie nucléaire est et reste une nécessité et une vertu pour notre pays et pour notre civilisation.