Olivier Vandecasteele a été libéré après 456 jours de détention. La négociation a été montée comme dans un film d'espionnage. Tous les intervenants portaient un nom de code et l'opération de libération s'appelait « Blackstone », du nom de Sir William Blackstone (1723-1780), un juriste britannique qui estimait qu’il valait mieux libérer un innocent que de laisser plusieurs coupables croupir en prison. « Ce n’est pas un échange, c’est un accord », a souligné la ministre des Affaires étrangères Hadja Lahbib vendredi soir sur le plateau de la RTBF. « Un accord que nous avons pu obtenir grâce à l’implication du sultanat d’Oman, qui a joué les facilitateurs. Ça s’est accéléré après un dernier contact que j’ai eu le 15 mai et qui a permis de rouvrir la porte du dialogue avec un partenaire pas facile. » Pour le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne, la Belgique n’a pas eu d’autre choix pour libérer Olivier Vandecasteele que de l’échanger avec Assadollah Assadi, condamné pour terrorisme. « Il n’y avait pas d’autre option pour notre pays. Nos services de renseignement et de sécurité l’ont dit très clairement », a-t-il déclaré à la VRT.

L’opposition nationaliste flamande a accueilli l’annonce de la libération d’Olivier Vandecasteele avec des sentiments partagés. Si leur chef de groupe à la Chambre Peter De Roover (N-VA) s’est félicité que l’humanitaire ait été libéré, il redoute à présent que les autres Belges encore en Iran puissent vivre demain la même mésaventure. « Je me réjouis de la libération d’Olivier Vandecasteele, mais on a bafoué l’Etat de droit (…) La politique de Chantage de Téhéran a pleinement réussi ». M. De Roover appelle en conséquence le gouvernement fédéral à suspendre sans délai le traité d’extradition signé avec la république islamique. En libérant Assadi, le gouvernement n’a pas respecté les modalités qu’avait fixées la Cour constitutionnelle. 

La pratique de la prise d’otages en Iran pour s’assurer un « stock » de ressortissants étrangers aux fins d’échanges est bien connue. Depuis plus de dix ans, ce sont une cinquantaine d’étrangers et de binationaux qui y ont été arrêtés. Téhéran détient actuellement dans ses prisons une douzaine de ressortissants européens et/ou binationaux, dont l'un est l'universitaire irano-suédois Ahmedreza Djalali, professeur à la VUB. Ce dernier a été condamné à mort pour espionnage. Il est détenu depuis sept ans en Iran. Le but de cette réserve d’otages ? Pratiquer du « donnant-donnant ». Et malheureusement, on le voit, le chantage paie…

Asadullah Assadi (49 ans) était un agent de renseignement iranien qui travaillait sous couvert diplomatique pour coordonner un plan terroriste en comptant sur trois complices, un couple résidant à Anvers, et un ancien dissident iranien résidant en Europe. Le 4 février 2021, l’homme, troisième consul de l’ambassade d’Iran à Vienne, est condamné à 20 ans de réclusion pour ces faits par le tribunal correctionnel d’Anvers. Nassima Naami est condamnée à 18 ans de prison, son mari Amir Saadouni à 15 ans, et le troisième complice, Mehrdad Arifani à 17 ans. Ils sont également déchus de leur nationalité belge. Les peines seront confirmées par la cour d’Appel le 10 mai 2022.

Dans sa lecture du verdict, le juge déclare « qu’il est certain que les ordres ont été reçus de Téhéran et que l’argent que Assadi a versé aux époux Naami et à Saadouni n’est pas son argent personnel ». Le procureur Georges-Henri Pottier affirme quant à lui dans son réquisitoire : « Deux choses apparaissent. La première est que les diplomates ne bénéficient pas de l’immunité pour les actes criminels, et l’autre confirme la responsabilité de l’Etat iranien dans ce qui aurait pu être un massacre ». 

C’est la première fois que l’Europe poursuit un responsable iranien pour des opérations terroristes sur son sol. Dans un communiqué, l’opposition iranienne avait alors qualifié ce jugement d’ « historique » car « il est clair que le régime iranien utilise le terrorisme d’État ».

Assadi est aujourd’hui en quelque sorte « gracié », diplomatiquement « blanchi » . Avec ce choix politique, la Belgique envoie un signal extrêmement négatif : notre justice est à vendre. Le politique a pris la main sur la Justice. La séparation des pouvoirs n’est pas respectée. L’autorité de la chose jugée non plus.

« Les adeptes de la complaisance et des accords secrets cherchent à transformer la prise d’otages de citoyens belges en Iran en une tactique contre les victimes du terrorisme et cherchent à satisfaire le bourreau avec le sang des victimes. Se contenter de la libération d’un otage belge en Iran, c’est faire un pas en avant et 100 pas en arrière car, à l’avenir, personne ne sera plus en sécurité. Chaque citoyen européen et américain en Iran sera désormais un otage potentiel », affirme Maryam Radjavi, la présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI).

L’expérience politique montre pourtant, que depuis 40 ans, Téhéran ne recule jamais que face à la force. La fermeté de la communauté internationale paie. La faiblesse, elle, ne fait qu’encourager les assassins. Mais pour être ferme, il faut du courage. Et l’Europe, manifestement, en manque.