Tout le monde sent bien que le chômage endémique, les travaux à rallonge, la misère budgétaire, la fuite des commerçants, les délires écolos et une certaine tradition un peu rebelle chez certains carolos en délicatesse avec la loi, concourent à la violence et l’insécurité des quartiers. A propos du chômage d’ailleurs, « le taux d'emploi à Charleroi est de 53,1%. A peine une personne sur 2, de 20 à 64 ans, est à l’emploi. » Pire qu’à Liège et c’est Philippe Defeyt, l’économiste écolo à l’origine de l’étude qui le dit : « C’est beaucoup trop peu, mais il ne faut pas accabler les autres.»  C’est vrai qu’il ne faudrait pas ajouter le reproche à la misère. Notons en passant que l'on ne parle plus de taux de chômage élevé mais de taux d'emploi bas.

Pour le camp du Bien, la vérité est ailleurs (Scully) et c’est tout naturellement que le bourgmestre Magnette, l’homme au revenu de base à 5 zéros, pointe dans ce « sondage » et en première place de cette fameuse insécurité, « l’agressivité au volant des automobilistes ». Caramba ! Encore eux ! Aux côtés du bourgmestre, l’échevin écolo Xavier Desgain, évidemment responsable de la mobilité, opine du bonnet avec un petit sourire entendu. 

Sans doute un peu lobotomisé par cette ambiance de chasse aux moteurs à explosion, Tzanetatos, au lieu de s’accrocher aux vrais problèmes, fait allégeance verbale au tandem écolo-progressiste et rappelle, en effet, que tout le centre est sous la coupe de l'obligation du 30 km/h mais que personne, « absolument personne », ne respecte cette limitation. La question serait peut-être de se demander pourquoi une législation grotesque n'emporte pas l'adhésion du citoyen. Mais ce serait penser trop loin.

Et Tzanetatos d'enfoncer le clou : « Le matin, tout le monde est énervé à Charleroi, c’est d’ailleurs pour cela que je me déplace à pied ». Tiens, nous qui pensions qu’il avait peur des mauvaises rencontres en rue... Et en « bon » libéral, voilà notre conseiller en train de plaider pour l'augmentation des mesures de répression à l’encontre de tous ces nerveux.

Magnette et Desgain échangent un petit sourire narquois puis le bourgmestre félicite le représentant du MR pour la « sérénité apportée à sa question ». Et bien sûr, il promet de revenir sur ce débat une fois connus les chiffres « objectifs » de la zone de Police de Charleroi et de les confronter à tous ces ressentis subjectifs sans nul doute émis par de vilains turbo-capitalistes motorisés. Sinon, à propos du contexte économique guère folichon, des jeux de hasard, de la drogue, des vols, de la délinquance au couteau... ?  Rien. Pourquoi évoquer des sujets qui fâchent alors que, moyennant un peu d’objectivité, on pressent déjà confusément que tout va beaucoup mieux … Dans le meilleur des mondes.