C’est, plus précisément encore, sa région la plus sacrée au regard de son historique dimension socio-philosophique, l’Artsakh, mieux connue sous le nom de Haut-Karabakh, que l’intégrité territoriale tout autant que la souveraineté nationale de cette même Arménie, devenue indépendante en 1991 suite à l’effondrement de l’Union Soviétique, se voient mises aujourd’hui, depuis 2020, le plus directement en danger. Et ce par l’intermédiaire de cette autre dictature contemporaine qu’est celle de l’un de ses pays limitrophes, l’Azerbaïdjan du non moins despotique Ilham Aliyev, ambitieux bras armé, dans cette région au passé tumultueux, sinon souvent douloureux, des appétits expansionnistes, nostalgiques de l’ancien Empire Ottoman et donc sans cesse plus voraces sur les plans politique, économique et militaire, de la Turquie, encore et toujours, d’Erdogan.

La Russie elle-même, dans le passé, avait soutenu l’Arménie, ancienne république soviétique. Mais les dictatures, on le sait, changent facilement leur politique étrangère au gré de leurs intérêts les plus immédiats. Aussi, désormais engagé dans sa guerre en Ukraine, Vladimir Poutine a-t-il donc abandonné les Arméniens, victimes de la dictature azerbaïdjanaise, à leur triste sort, privilégiant dès lors l’amélioration de ses relations avec Erdogan, tout en soignant les tyrans susceptibles de se ranger dans le camp “anti-occidental”.

Ainsi, en cette même enclave du Haut-Karabakh, toujours plus isolée sous la double férule totalitaire de l’Azerbaïdjan et de la Turquie, pays en outre secondés là par une milice composée de quelques milliers de djihadistes les uns plus fanatiques que les autres, sont-ce plus de 150.000 habitants qui, injustement privés de conditions de vie les plus élémentaires et abandonnés dès lors à un aussi cruel sort, se voient aujourd’hui contraints de subir, dans un silence étonnamment assourdissant, sinon une indifférence quasi générale par rapport au reste du monde, les sanguinaires prémices d’un nouveau, énième, nettoyage ethnique !

D’où, précisément, cet appel, urgent et solennel, que nous, signataires de cette pétition, humanistes épris de ces valeurs morales et principes universels que sont la liberté, la justice et la tolérance, lançons aux gouvernements de nos démocraties les plus éclairées, et en particulier l’Union Européenne, où la diaspora arménienne est par ailleurs considérable, afin qu’elle vienne plus concrètement en aide, de manière plus efficace et sans plus attendre au vu du péril grandissant pour ces milliers de civils innocents, à l’Arménie.

Nous en appelons donc enfin ici aussi, face à cette tragédie pourtant annoncée, au réveil de nos consciences : c’est là, cet impératif moral en forme de secours humain, une noble et juste cause, où il en va également, par-delà même la survie du peuple arménien au Haut-Karabakh, de notre propre civilisation !