De fait, confirme officiellement, à ce sujet, l’Elysée dans un communiqué publié ce dimanche 18 juin 2023, date symbolique s’il en est, particulièrement bien choisie en la circonstance, puisqu’elle commémore le désormais historique « Appel du 18 Juin » lancé, sur les ondes de Radio Londres, par le général de Gaulle afin de combattre l’occupation allemande lors de l’infâme régime collaborationniste de Vichy.

Les mots de ce communiqué élyséen, destinés à justifier, toutes tendances politiques confondues et en dehors de tout clivage idéologique, cette légitime et noble décision, sont eux-mêmes, de ce point de vue-là, exemplaires de précision tout autant que de justesse. Il y est spécifié : « Missak Manouchian porte une part de notre grandeur » dans la mesure où il « incarne les valeurs universelles » de liberté, égalité, fraternité au nom desquelles, stipule encore la présidence, il a « défendu la République. » Et d’ajouter, non moins opportunément, qu’en saluant ainsi « la bravoure » tout autant que « l’héroïsme tranquille » de cette éminente figure de la Résistance, c’est aussi, à travers elle, un hommage appuyé à tous ses compagnons d’armes, étrangers pour la plupart (Italiens, Espagnols, Juifs d’Europe de l’Est), que la République rend également hommage. De fait, conclut tout aussi judicieusement l’Elysée dans ce communiqué qui, à n’en pas douter, fera assurément date par-delà même certaines et possibles polémiques de mauvais aloi au vu de l’appartenance des Manouchian au Parti Communiste de ce temps-là : « Le sang versé pour la France a la même couleur pour tous » !

Ainsi, à lire ou à entendre ces derniers mots, qu’il nous soit donc encore permis ici, en guise d’infinie gratitude envers Missak et Mélinée Manouchian, mais aussi à l’égard de leur non moins courageux groupe de combattants, de rappeler ces paroles, frappées au coin de la meilleure et plus haute littérature française,  extraites du superbe poème que Louis Aragon leur a naguère consacré, de main de spirituel maître afin de mieux les magnifier encore, dans son immortelle et poignante « Affiche Rouge », publiée en 1956 dans un recueil intitulé « Le roman inachevé » et jadis chantée également, de manière particulièrement émouvante elle aussi, par le grand Léo Ferré

Oui : Missak et Mélinée Manouchian, Arméniens de passeport mais Français de cœur, déjà entrés, par leur immense sacrifice, dans l’histoire nationale comme dans la mémoire collective, pénétreront bientôt aussi de plein droit avec cette juste panthéonisation, sur les illustres traces de Jean Moulin en personne, dans le monumental sanctuaire de l’immatérielle quoique tangible éternité ! 

Philosophe, écrivain, auteur, notamment, de « La Philosophie d’Emmanuel Levinas – Métaphysique, esthétique, éthique (Presses Universitaires de France), « Oscar Wilde » et « Lord Byron » (publiés tous deux chez Gallimard-Folio Biographies), directeur des ouvrages collectifs « Penser Salman Rushdie » (Editions de l’Aube/Fondation Jean Jaurès) et « Repenser le rôle de l’intellectuel » (Editions de l’Aube).