Contrairement au terme « démocratie », soit le pouvoir par le peuple, la « gouvernance », soit l’art de gouverner, ne définit rien ni nettement ni rigoureusement. La plasticité extrême du mot en déjoue le sens et cela semble même être son but. On fait comme si on ne comprenait pas la toute-puissance que le terme autorise au carrefour de sa vanité sémantique. Et c’est là que la stupidité fonctionnelle  de la médiocratie entre en jeu au détriment d’une gestion technicienne attendue des arcanes du pouvoir. L’attaque est virale. Le présent devient étroit et l’imbécilité politique criminelle. Et pourtant, un jour, souvenons-nous, la lumière fut. Piqûre de rappel.

Le Penseur est l'une des plus célèbres sculptures d'Auguste Rodin. Elle représente un homme en train de méditer, semblant devoir faire face à un profond dilemme. De la police de la culture à la police de la pensée, d’aucuns évoluant dans les plus hautes sphères aspirent également aujourd’hui à déboulonner notre sens critique. Sous couvert d’un consensus à visées politiquement correctes, toute assertion simpliste est acceptée, sans questionnement circonstancié et éclairé sur sa valeur. Lissage de la pensée, la pérennité de nos fondamentaux démocratiques vacille lentement, mais surement, sur son socle. On a eu le siècle des lumières, puis des con(génère)s autorisés par les urnes ont explosé un à un tous les plombs. La politique est désormais politicienne. Jeu des partis, démagogie, délit d’initié et corruption, les comportements favorisent le pouvoir personnel sur les idées. 

Le mot d’ordre pour endormir le citoyen : le bavardage numérique et la médiocratie TikTokée. Rangez ces ouvrages éclairants et surtout aucune bonne idée ! Il faut penser mou et le montrer en ligne. On se tortille et on comptabilise. Non plus les succès d’un mandat politique, mais les likes. Et pour cause. Donnez-leur du pain et des jeux. Un individu qui ne s’informe pas est un candidat de téléréalité en plus. 

Étrange paradoxe, le climat se réchauffe, mais les températures en réflexion diminuent. L’objectivité cède la place aux ressentis. Dans un monde du zapping, de l’urgence, de la peur et du repli sur soi, la rhétorique émotionnelle est désormais endémique. Sous la loupe grossissante des réseaux sociaux, le politique alimente le feeling. Il est la mesure de toute chose. La cyberattaque est couronnée de succès. Ils nous infligent, avec mépris, une lissitude quotidienne et les esprits s’enserrent à l’unisson. Les médiocres ont pris le pouvoir et tout en finesse. Un statut moyen s’est hissé au rang d’autorité. Si nous sommes honnêtes, on est certes tous un jour ou l'autre moyens en quelque chose, mais le politique nous contraint à l’être en toutes choses. La nuance est ici de taille.