Il n’a jamais occupé de poste politique ni brigué le moindre mandat, mais le Dr Denis Mukwege paraît de plus en plus présidentiable. Cet acteur de la Société civile, dont la réputation a franchi les frontières de la RDC ne devrait visuellement pas souffrir d’un quelconque complexe en face de vieux routards de la classe politique congolaise, tels que Moïse Katumbi et Martin Fayulu qui ont déjà annoncé leur candidature au scrutin de décembre. Le plus à craindre par l’actuel président Félix Tshisekedi, candidat à sa propre succession, est Moïse Katumbi. Martin Fayulu, opposant politique expérimenté, peut aussi être un poids lourd même si celui-ci ne bénéficie plus des mêmes soutiens politiques qu’en 2018. Il pourrait également s’effacer au profit d’une candidature de Denis Mukwege.

L’homme n’a, pour le moment, pas officialisé sa candidature. Mais il n’a pas non plus exclu la possibilité d’être candidat à l’élection présidentielle. Celui-ci s’est montré, ces derniers temps, très critique vis-à-vis de l'actuel système de gouvernance. Pour l'analyste politique, Israël Mutala, « si le prix Nobel de la paix s'annonce candidat, il pourrait être menaçant pour Félix Tshisekedi ». Son parcours élogieux, son profil irréprochable, sa crédibilité et son leadership le place en pôle-position.

Il a par ailleurs récemment cosigné, avec Augustin Matata Ponyo et Martin Fayulu, une déclaration dénonçant la mauvaise gestion du Président Felix Tshisekedi. Cette lettre, qui du reste ne peut être considérée comme une charte d’alliance politique, est aux yeux des observateurs politique un indice de compatibilité et d’entente entre trois potentiels candidats Présidents de la République. Encore faut-il que les autres acteurs de la même tendance rejoignent la locomotive. En cas d’unité de l’opposition, le fondateur de l’hôpital de Panzi pourrait sans ambages engranger plus de soutien pour affronter le chef de l’Etat actuel aux scrutins à venir comme candidat unique.

Le Prix Nobel de la Paix 2018 a déjà à tout le moins le soutien de toutes les tendances de la Société civile qui en ont manifesté le vœu. Le premier appel à la candidature du Dr. Denis Mukwege a été l’œuvre d’un groupe de professeurs et intellectuels venus des différents coins du pays. Ceux-ci ont, dans leur correspondance du 30 juin 2022, dit en avoir « assez d’être conduits par des parvenus ou des personnes qui, n’ayant rien réalisé dans leur propre parcours de vie, recherchent le pouvoir pour obtenir, par la corruption, le vol, la ruse et la violence, ce qu’elles n’ont pas réussi à avoir par le travail et par les études ».

Si les supputations vont bon train, le docteur Mukwege appelle pour l’heure à « une révolution démocratique » pour empêcher toute fraude électorale aux prochaines élections de décembre 2023 et éviter les erreurs des scrutins passés, mais ne parle pas encore d’une candidature. En attendant une possible confirmation officielle, sa cote de popularité continue à grimper en flèche dans le pays.