Quand la classe moyenne rame pour s’offrir un logement à 300.000 euros dans la capitale, le parlement bruxellois joue donc les grands seigneurs en dépensant bien plus dans une immense statue. Une statue dont les mensurations sont à la hauteur du gaspillage, il faut toutefois le reconnaître : les 370.000 euros vont acheter un gros chat de 3 mètres de haut, accusant quelque 2,5 tonnes sur la balance. Le tout est donc censé représenter la « “Bruxellitude” et le parlement comme lieu d’échange de points de vue », rapporte Le Soir. Pardonnez mon manque complet d’humour à ce sujet, mais je vois mal comment une statue aussi imposante peut incarner un « lieu d’échange de points de vue ». Ce que je vois surtout, c’est un matou en solide surpoids, flanqué d’une boule de bowling en guise de pif et qui coûte un bras. Une statue dont le raffinement et la finesse évoquent plus la mitraillette-frites que la fine gastronomie. Attention, les excuses arrivent avant même que les critiques ne soient envoyées !

A défaut d’avoir le sens des priorités, voire une once de décence, la porte-parole reconnaît malgré tout que « ce n’est pas donné ». Alors là, il faut reconnaître à ces élus la pertinence du propos. Ça me rappelle, étant enfant, ce mouflet furax faisant tournoyer une épée en plastique et hurlant à tout-va : « je vais vous faire mal »… A ce grand moment d’excuse à moitié dissimulée, la porte-parole rajoute : « c’est un choix qui s’inscrit dans le soutien au musée du Chat ». Après le généreux soutien du gouvernement de Bruxelles-Capitale pour la construction de ce musée, place désormais à un nouveau versement conséquent, pour l’achat d’un minet maous costaud. Je n’ai rien contre l’ami Geluck, mais autant de générosité à son égard pose tout de même question…

Soutenir la culture est bien entendu essentiel, mais à l’heure où les maisons Horta tombent en ruine, que les musées royaux crient à l’aide alors qu’ils boivent la tasse et qu’il pleut dans de nombreux musées de la capitale, à commencer par celui d’Art ancien qui abrite des œuvres d’art d’un tout autre registre, voir autant de fonds versés dans l’achat d’une statue grassouillette souligne l’ahurissante incompétence de nos élus. 

Certes, ce n’est pas avec 370.000 euros que l’on va redresser la capitale, mais cet investissement est l’un des pires signes qui soient. Non, ce n’est pas une œuvre d’art représentant la « Bruxellitude ». C’est une insulte. Une injure limpide et cruelle. Une terrible offense aux autres musées, mais aussi aux Bruxellois qui ont involontairement contribué à cet investissement sordide. La « Bruxellitude », c’est tout le contraire. Ce n’est pas une générosité feinte qui fait de son stoef avec un gros chat. C’est quelque chose de tellement plus authentique, plus convivial. C’est ce quelque-chose qui ne s’explique pas, mais qui se ressent. Et là, je doute que les Bruxellois voient dans ce chat acheté 370.000 balles avec leur propre argent, le reflet de leur personnalité et de leurs préoccupations du moment. Il est loin le temps où Bruxelles bruxellait…