En 1972, 6% des jeunes seulement pensaient que la science était nocive pour l’humanité. En 2022, ils sont seulement 33% à faire encore confiance à la science moderne. Près de 20 % d’entre eux, estiment même que « la science apporte à l’homme plus de mal que de bien ». Ils se révèlent aussi être plus enclins à adhérer aux fake news et aux théories complotistes que les seniors : 69% des jeunes sont au moins d'accord avec une des fausses informations énoncées dans l'enquête. Ils utilisent comme principale source d’information les réseaux sociaux, comme TikTok, Instagram ou encore Twitter. Ils sont enfin plus sensibles aux para-sciences et à l’occultisme : 61% des sondés croient en une discipline de mancie, comme l'astrologie ou la sorcellerie. Un jeune sur quatre croit que l’homme a été créé par Dieu. Zoom sur ces chiffres-clés.

La défiance croissante à l’égard de la science va de pair avec une sécession avec nombre de « vérités » faisant consensus dans le milieu scientifique. Sur les origines de l’homme par exemple, l’enquête révèle que plus d’un jeune sur quatre croit aujourd’hui au « créationnisme » : 27% des jeunes de 18 à 24 ans estiment que « Les êtres humains ne sont pas le fruit d’une longue évolution d’autres espèces (…) mais ont été créés par une force spirituelle (ex : Dieu) ». Et cette contestation de l’évolutionnisme s’avère particulièrement forte chez les sondés se disant « religieux » (60%), les personnes appartenant aux minorités religieuses attachées à une vision littérale des textes (ex : 71% des musulmans) et aux catégories populaires au regard de leur catégorie socioprofessionnelle (38% des ouvriers).

En dépit des évidences scientifiques, le « platisme » trouve aussi un écho significatif dans la jeunesse. Alors qu’elle reste marginale chez les seniors (3%), l’idée selon laquelle on nous ment sur la forme de la Terre est partagée en effet par près d’un jeune sur six (16%). Présentant les mêmes caractéristiques socio-culturelles que les adeptes du créationnisme, les platistes sont surreprésentés chez les jeunes potentiellement les plus exposés à ces thèses sur internet, notamment les gros utilisateurs de services de vidéos en ligne comme YouTube (21%), d’applications comme Telegram (28%) ou de TikTok comme moteur de recherche (29%).

Les jeunes se montrent aussi nettement plus sensibles que leurs ainés à des superstitions à caractère occulte. Globalement, 59% croient en au moins une d’entre elles, contre 21% des plus âgés. Et ce gap générationnel se retrouve sur toutes les croyances, qu’il s’agisse du mauvais œil (44%, contre 10%), dans les fantômes (23%, contre 4%), les démons (19% chez les plus jeunes, contre 8%) ou bien encore dans les marabouts (13% des 18-24 ans, contre 4%). A nos yeux, les désordres informationnels de l’ère internet viennent sans doute accentuer la perméabilité traditionnelle des jeunes générations à ces croyances surnaturelles.

Un clivage générationnel se dessine aussi bien dans la croyance dans les prédictions des voyants (38%, contre 12% des séniors) que dans celle liées aux envoutements et à la sorcellerie (36%, contre 20% parmi les plus de 65 ans).

Enfin, à l’heure où des réseaux sociaux comme TikTok sont accusés de favoriser les théories complotistes, une part significative de jeunes semble perméable aux thèses trumpistes sur la vie politique américaine.  La thèse selon laquelle « L’assaut du Capitole en janvier 2021 a été mis en scène pour accuser les partisans de Donald Trump » a par exemple un nombre d’adeptes (24% en moyenne) deux fois plus élevé chez les utilisateurs pluriquotidiens de TikTok (29%) que chez les non-utilisateurs (19%). Alertant sur la sécession d’une fraction importante de la jeunesse avec le consensus médiatique, ces chiffres tiennent donc beaucoup au mode d’information et plus particulièrement à l’usage des réseaux sociaux comme Twitter ou TikTok.

Pour François Kraus, directeur du pôle politique actualités à l’Ifop, le grand responsable est l’effondrement des médias traditionnels et leur substitution par les réseaux sociaux. « On passe de la génération ORTF à la génération TikTok ». Cette information via les réseaux sociaux (ce que font 69 % des 18-24 ans de l’étude) pose un vrai problème : « Ce n’est plus le contenu qui compte, c’est la popularité qui crée la fiabilité », explique-t-il. Selon l’étude, 41 % des jeunes sur TikTok croient en l’idée qu’un « influenceur » qui a un nombre important d’abonnés est une source fiable d’information. En résumé : « en une vingtaine d’années, on est passé d’une information verticale qui était diffusée par les autorités médiatiques, politique, scientifique à une information horizontale qui se traduit malheureusement par un nivellement des savoirs et des expertises ».