En avril 2018, le Bureau américain de l'alcool, du tabac, des armes à feu et des explosifs (ATF) a mené plusieurs opérations d’achats de contrôle dans le darknet (ou deepweb), cette partie de la toile, non indexée par les principaux moteurs de recherche généralistes. Sous couvert d’anonymat, des armes y sont vendues tout comme des opioïdes, des logiciels malveillants, des données volées et des poisons dangereux sur des sites web cryptés. Les agents du Bureau sont ainsi parvenus à acquérir des Uzi automatiques interdits à la vente aux civils aux États-Unis ainsi que des carabines AR5. Selon l'ONU, le trafic d'armes est l'une des quatre activités illégales les plus lucratives avec le trafic de drogues, le trafic de médicament et la prostitution. Le marché international du trafic d'armes est évalué à 1.200 milliards de dollars par an. 

Selon le dernier rapport de Small Arms Survey,  le milliard d'armes à feu en circulation dans le monde se répartirait en 857 millions d’armes (85%) dans les mains de civils, 133 millions (13%) dans les arsenaux militaires et 23 millions (2%) au sein des forces de l’ordre. La Belgique n’est pas en reste. Il y a en permanence une moyenne de 1.800.000 armes en circulation parmi la population, dont 400.000 qui ne sont pas déclarées. Une arme illégale sur 4 est une arme de guerre. Selon le centre d'analyse américain RAND (Research ANd Development), un centre de recherche qui conseille l’armée américaine depuis 1948, si 60% des armes vendues en ligne sur le clear web proviennent des États-Unis, le plus important marché des armes à feu proposées dans le deepweb est de facture européenne. Et la Belgique est reprise dans le top 15 des pays qui les fabriquent.

Le 13 décembre 2011, Nordine Amrani (33 ans), en liberté conditionnelle, décide d’entreprendre sa croisade meurtrière. Muni d’un sac à dos chargé de munitions, tire à l’arme automatique sur la foule rassemblée place Saint Lambert, avant de se suicider. Bilan : 6 morts et 130 blessés. En 2012, en réponse à cette tuerie, le gouvernement décide de soumettre à autorisation préalable la vente d’armes à feu historiques, folkloriques et décoratives. Depuis, seuls les titulaires d’un permis de chasse en cours de validité et les titulaires d’une licence de tireur sportif en cours de validité ont le droit d’acquérir une arme. Il faut aussi être majeur, avoir un certificat de bonnes vie et mœurs favorable et justifier d’un motif légitime. On ne délivre pas non plus d'autorisation de détention à des condamnés, à des malades mentaux ou à des internés. 

Ce cadre législatif renforcé ne résout toutefois pas le problème de l’achat facilité en ligne. En quelques années, rien qu’en région bruxelloise, le nombre de dossiers traités par le parquet liés à la circulation illégale a triplé.