Il appelle à un ralentissement des ambitions de l’UE en matière de biodiversité, notamment dans le cadre du règlement « Restaurer la nature » actuellement en discussion à Bruxelles-Strasbourg, qui vise à « réparer la nature ». Un objectif contraignant prévoit la restauration d’un cinquième des écosystèmes dégradés de l’UE d’ici 2030, et de toutes les zones ayant besoin d’être restaurées d’ici 2050, notamment pour créer des puits de carbone en vue de la décarbonation. 

Cela pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les agriculteurs. Bien entendu, le Premier ministre comprend que les agriculteurs flamands, qui constituent un groupe politique puissant en Flandre, sont susceptibles d’avoir le même succès électoral que leurs collègues néerlandais ; le VLD ne peut se permettre de perdre une partie de cet électorat. 

Cependant, la décision de De Croo est l’arbre qui cache la forêt. Il a été encouragé par le fait qu’au Parlement européen, les commissions de l’agriculture et celle de la pêche ont voté contre le texte de la Commission européenne. Tous les partis du centre et de la droite (notamment le PPE, Renew [libéraux et macronistes] et les conservateurs) ont infligé un camouflet aux propositions de Frans Timmermans. Tous les « écolos de tous les partis » qui ont crié au scandale en fustigeant De Croo se gardent bien d’admettre que l’évidence énoncée par le Premier ministre belge est déjà une réalité au Parlement européen.

Il est clair que le calendrier de ce règlement est absurde. Au mieux, ce règlement ne sera adopté que vers la fin 2023-début 2024. Comment restaurer en six ans 20 % de la surface affectée par les activités humaines ? Qui paiera ce coût exorbitant ? Ne savent-ils pas que de nombreux États membres sont en quasi-faillite ? C’est notamment le cas de la France et de la Belgique.

Mais le problème est bien sûr celui de l’objectif quantitatif de la décarbonation. Avec un calendrier tout aussi grotesque, Bruxelles-Strasbourg demande une réduction de 50 % des émissions de CO₂ en 2030 par rapport à 1990, alors qu’en trente ans nous n’avons fait qu’un peu plus de 20 % — grâce aux crises des Subprimes et de la Covid. Il est tout simplement impossible de faire en six ans une fois et demie ce qui a été accompli en trente ans. Tout le monde le sait, mais le premier qui dit la vérité doit être exécuté. En outre, la Belgique se distingue par sa détermination à fermer les centrales nucléaires qui ne produisent pas de CO₂ et à brûler du gaz naturel qui en produit. C’est courtelinesque.

Il est grand temps de mettre fin à cette mascarade. Avant les élections européennes du 9 juin 2014, la population européenne doit savoir qu’on lui ment. La transition énergétique n’existe tout simplement pas. Les seules énergies tolérées par les « écolos de tous les partis » sont l’éolien et le solaire et elles ne représentent que 3 % du bilan énergétique primaire tant dans l’UE que dans le monde. La seule chose qu’ils peuvent faire est donc de les multiplier de manière inconsidérée, en augmentant le prix de l’électricité en raison de leur intermittence et de leur variabilité.

Mais M. De Croo ne peut pas encore le dire. C’est trop tôt, même s’il le sait probablement. C’est pourquoi il continue à affirmer qu’il faut s’attaquer aux émissions de CO₂. Il sait certainement que depuis que l’ONU a imposé cette lutte, les émissions ont augmenté de 59 % (sans les crises susmentionnées, l’augmentation serait de 65 %). Il a donc précisé dès le départ que « Tout le monde est convaincu que les objectifs actuels de réduction des émissions de CO₂ sont réalisables. Cependant, nous devons éviter de prendre trop de choses à la fois. À un moment donné, il faut faire des choix et est-il opportun de faire tout cela en même temps ? […] C’est pourquoi je demande que nous appuyions sur le bouton “pause”. N’allons pas trop loin avec des choses qui, à proprement parler, n’ont rien à voir avec le réchauffement climatique ». Mais les « écolos de tous les partis » ne se sont pas contentés de cette précaution. Il faut l’exécuter !

Est-ce le début de la fin ? Le blocage du Parlement européen n’est pas anodin. Si l’on ajoute ce qui se passe dans les pays d’Europe centrale et orientale, on peut espérer un retournement de situation. En Belgique, les médias officiels boycottent ceux qui ne sont pas politiquement corrects, mais ailleurs ce n’est pas le cas.

L’évidence de l’inutilité de la décarbonation ne peut qu’être connue des dirigeants européens. Mais ils ont peur des médias subventionnés et des « les écolos de tous les partis ». Pourtant, comme l’a dit Georges-Louis Bouchez dans un entretien avec Arnaud Ruysen de la RTBF, il ne sert à rien de croire que l’on peut sauver la planète si l’on détruit la société. Le Premier ministre a lui aussi osé le dire à sa manière. Je salue son courage et j’espère qu’il ira jusqu’au bout de sa logique en imposant non seulement une pose sur la restauration de la nature, mais aussi une autre sur le moratoire nucléaire.