Le rapport 2022 estime que la démocratie se trouve à un carrefour historique. Au niveau mondial, le nombre de pays qui tendent vers l’autoritarisme est trois fois supérieur à celui des pays qui tendent vers la démocratie. Plus des deux tiers de la population mondiale vit désormais dans des démocraties en recul ou sous des régimes autoritaires ou hybrides. La cause principale ? La population se sent ignorée, comme si la démocratie n’avait pas su tenir ses promesses. Les symptômes constatés sont les suivants : remise en cause de résultats crédibles d’élections, restrictions sur les droits et libertés, désintérêt des jeunes à l’égard des partis politiques éloignés de leurs réalités, difficulté à lutter contre la corruption et montée des partis d’extrême droite qui polarise les paysages politiques.

Les données montrent que le monde est revenu au même stade qu’à la fin de la guerre froide. Sur les 173 Etats analysés, seulement 104 peuvent encore être qualifiés de démocraties. Quatorze de ces pays étaient plus démocratiques en 2021 que l'année précédente, tandis que 48 l’étaient moins. Sur les 69 autocraties étudiées, plus de la moitié sont devenues plus répressives en 2021.

Bien que le nombre de démocraties et d’autocraties soit à peu près identique à 1990, les dirigeants autocratiques ont su s'adapter à un monde plus transnational et numérique. Ils sont plus « créatifs ». Avant d'entrer ouvertement en guerre contre son voisin ukrainien et d'abolir les derniers vestiges de liberté en Russie, le président Vladimir Poutine a développé son propre style d'« autocratie électorale », un système avec des élections régulières, mais non libres et inéquitables. Pendant ce temps, le Hongrois Viktor Orban a annoncé en 2014 la création d'une « démocratie illibérale », citant la Turquie et la Russie en exemple.

Si les gouvernements non démocratiques de la nouvelle génération ne craignent ni les élections ni la participation citoyenne à la vie publique, ils ignorent toutefois la soif de liberté des peuples, peut-être le dernier garde-fou. Partout, les citoyens se mobilisent de manière innovante pour renégocier les termes des contrats sociaux, poussant leurs gouvernements à répondre aux exigences du XXIe siècle. Les jeunes en particulier s’organisent en dehors des structures traditionnelles des partis politiques. En Iran, un soulèvement populaire inédit, déclenché par la mort d'une jeune femme lors de sa garde à vue, secoue le régime islamique depuis plus de deux mois. En Chine, sur plus de 50 campus universitaires, des étudiants manifestent pour réclamer la fin des mesures zéro Covid. Tandis qu’à Budapest, cette même jeunesse appelle à la désobéissance civile contre le gouvernement nationaliste de Viktor Orban. Ces récentes manifestations contre des régimes autoritaires ne peuvent cependant masquer le fait que les autocrates ont massivement renforcé leur portée mondiale. Le constat est à la fois sombre et alarmant.

Même là où les démocraties parviennent à se maintenir, les problèmes sont légion. Les auteurs du rapport s'inquiètent d'une poussée du populisme, notamment sur le continent européen. La démocratie ne semble pas évoluer d'une manière qui reflète l'évolution rapide des besoins et des priorités citoyennes. Les scores globaux concernant des critères tels que les droits fondamentaux et les contrôles pouvant être exercés sur l’efficacité gouvernementale constituent la preuve d'une demande publique pour des sociétés nouvelles et plus ouvertes, ainsi qu'un leadership plus responsable. Il y a urgence à agir, la priorité devant être accordée à la mise en œuvre de politiques qui réduisent la corruption et rétablissent la confiance du public. « Les démocraties sont soumises à une pression urgente pour tenir leurs promesses. Alors que les autocrates se réinventent, les démocrates doivent également faire preuve de créativité, en démocratisant la démocratie elle-même à tous les niveaux politiques », ponctue le rapport.