Il ne vous en déplaise, le monde change, souvent à nos dépends. Ce nouveau monde est-il le théâtre de l’opposition des wokistes aux boomers réac’, autrement dit des jeunes, la génération Z, soucieuse de la défense de ses différentes sensibilités, aux vieux, accrochés à leurs repères obsolètes comme des moule à leur rocher ? Hernani rejoue-t-elle sa bataille 200 ans plus tard ? 

Petit aperçu du choc des générations par le prisme de l’orientation sexuelle, un domaine qui connaît depuis 20 ans un bouleversement sans précédent. Les études le disent: un jeune sur cinq s’identifie comme LGBT+. Alors demain, tous homos ?

Petit rattrapage sémantique pour lecteurs pressés
(ou dépassés)

*Vous êtes une femme et êtes attirée par les femmes ? Vous êtes “L” (lesbienne). Vous n’êtes ni homme ni femme ? Vous êtes “I” (intersexe). Vous ne ressentez pas le besoin de vous engager dans des relations sexuelles ? Vous êtes “A” (asexuel). 

*LGBTQIA+ : 5 consonnes et deux voyelles pour désigner celles et ceux qui ne se considèrent pas comme hétérosexuels (aux États-Unis, le sigle est plus long,  LGBTTQQIAAP). Et puis le “+” ou le “O”, pour « other » (les autres). Parce que oui, il y en a d’autres…

*Pêle-mêle : “skoliosexuel” (l’attirance sexuelle envers les individus non-binaires), “lithromantique” (une orientation omantique qui consiste à aimer sans souhaiter que ses sentiments soient réciproques), “bispirituel” (une personne avec un esprit féminin et un esprit masculin vivant dans le même corps), “demisexuel” (qui ressent une attirance sexuelle seulement après avoir développé une relation émotionnelle profonde avec une autre personne), “pansexuel” (une personne qui peut ressentir une attirance sexuelle, affective, physique, émotive et/ou spirituelle envers une autre personne, peu importe son identité de genre), “genre fluide” (une personne dont l’identité de genre et l’expression de genre ne sont pas statiques et peuvent fluctuer en fonction du moment et/ou des circonstances), « allosexuel » (une personne ayant des attirances autres que l’hétérosexualité stricte, l’asexualité ou l’autosexualité).

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La richesse sémantique de ces nouvelles sexualités nous ferait perdre notre latin… mais pas celui des « millennials » qui y voient la prise en compte de nouvelles identités.

Oui mais (et oui, il y a toujours un “mais”). L’utilisation d’un acronyme ne nuit-elle pas aux personnes en cela qu’elle les stigmatise ? Un sigle unique pour des revendications différentes, le serpent qui se mord la queue. Comme dirait l’humoriste corse Tano, “j’en arrive à la conclusion que plusieurs petites minorités mises bout à bout finissent par faire une majorité de casse-couilles !”.

Hétérosexisme ou le rejet de la norme

Jusqu’en 2000, l’hétérosexualité était établie comme seul modèle relationnel. Aujourd’hui, en matière de sexualité, on l’a vu, les nouvelles générations refusent de rentrer dans les cases.

Alors, tout le monde est bien obligé de s’adapter ! On crée l’écriture inclusive (enfin, “on”...), on accompagne des personnes transgenres en transition , on recrute sur CV anonyme, on propose des ateliers de déconstruction des stéréotypes, on crée des nouveaux formulaires officiels avec des “iels”, on teste des toilettes non genrés, on crée à l’Éducation Nationale en France des circulaires pour accompagner les jeunes dans leur changement de prénom, on modifie, on balaye, on adapte, on décomplexe, on met à jour… Bref, on bouleverse pour répondre à l’air du temps. Et de fait, ça semble y répondre : l’application de rencontres Tinder qui a introduit l’année dernière la possibilité d’afficher sur son profil son orientation sexuelle a constaté que depuis, un match sur cinq inclut une personne s’identifiant comme queer (et une récente enquête d’IPSOS le confirme. CQFD. 

Faut-il lutter contre l’idéologie de demain ?

Tout de même, plus de liberté, plus de tolérance, comment être contre ? 

“La nouvelle génération est épouvantable. J’aimerais tellement en faire partie !” disait Oscar Wilde. Génération désenchantée, entre frivolité et désirs fugaces ou génération libérée entre affirmation de soi et évolution des mentalités ?

La récente nomination de Gabriel Attal au poste de Premier Ministre en France dont l’homosexualité a été un non-sujet montre que l’homosexualité est sortie de la catégorie du « stigmate ». La Génération Z est ambassadrice de la diversité sexuelle. Qui dit mieux ?

Alors faut-il lutter contre l’idéologie de demain ? Non, bien sûr. À condition peut-être qu’elle ne sacrifie pas tout et n’importe quoi… Plusieurs études posent, par exemple, le constat d’une génération NoSex (D’après une étude parue en 2019 dans le Wall Street Journal, 36 % des 18-38 ans auraient refusé un rapport sexuel, au cours des six derniers mois, pour regarder Netflix !)… signe des temps !

Mais gardons espoir et laissons, si vous le voulez bien, le mot de la fin à ce grand chanteur des années 80 hétéronormé que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, François Valéry : “Aimons-nous vivants, n’attendons pas que la mort nous trouve du talent”.

1 Selon la CNAM, le nombre de personnes admises à l’ALD pour « transidentité »
(admissions annuelles) a été multiplié par 10 entre 2013 et 2020.  Il s’agit d’une population jeune puisque que près de 70 % des bénéficiaires ont entre 18 et 35 ans. “Rapport relatif à la santé et aux parcours de soins des personnes trans”)