Pour les lectrices et lecteurs, un petit rappel peut-être : INTELLECTUEL, ELLE adj., emprunt (v. 1265) au bas latin intellectualis, s'applique à ce qui se rapporte à l'intelligence, au sens large de « connaissance » ou d'« entendement ». Le mot est devenu courant au XIXe siècle. À partir de cette époque, l'adjectif (attesté chez Amiel, 1866) s'emploie en parlant de personnes et signifie « dont la vie est consacrée aux activités de l'esprit ». Le mot, employé comme nom (mil. XIXe s.), fait fortune à la fin du XIXe s., utilisé avec une valeur péjorative par les adversaires du capitaine Dreyfus en faveur duquel beaucoup d'écrivains s'étaient engagés; le substantif s'emploie parfois encore péjorativement, l'intellectuel étant considéré comme coupé de la réalité. Mais il peut aussi être neutre ou mélioratif. Au pluriel, le nom (1913, Péguy) est opposé à d'autres catégories sociales. INTELLO adj. et n. (1977) est une abréviation familière et péjorative formée avec le suffixe populaire -o. (Dictionnaire historique de la langue française sous la direction d’Alain Rey).

Quel crédit peut-on encore accorder aux intellectuels au début de ce nouveau siècle ? s’interroge Marc Alpozzo. Pour lui, l’intellectuel, comme l’écrivain ou le penseur, ne doit pas craindre de labourer sur les terrains où il n’est pas attendu, voire pas toléré. Dominique Baqué, elle, prône « pour un réveil de nos intellectuels ».

« Ce n’est pas tant le silence des intellectuels qui nous accable, que leurs paroles qui régulièrement trouent le silence », « c’est surtout le brouhaha des intello-collabos qui chagrine » écrit Sophie Chauveau. Du génie solitaire au philosophe ancré dans la cité, Luc Ferry nous rappelle que fort des milliers d’heures à traduire et commenter les grands philosophes allemands ou publier et interpréter les grands mythes grecs, il s’est aussi, une fois acquises ces incomparables clefs de compréhension du monde, préoccupé de comprendre les tendances lourdes et les révolutions qui marquent notre époque. C’est-à-dire, accepter de descendre sur terre, de prendre part au débat public, fût-il parfois violent et facteur de distorsions polémiques souvent pénibles.

Quittons certains salons et cafés du commerce où il est parfois bon et amusant d'écouter ces « intellectuels » intellos bobos, déverser leur pensée vide de toute graine innovante en s'appuyant sur les béquilles branlantes de leur savoir. « Diable, qu’irait donc faire un intellectuel engagé dans cette galère », écrit Elisabeth Weissman et repensons avec Daniel Salvatore Schiffer et ses invités au rôle de ces hommes de demain qui sur le terrain du savoir s’engageront dans cette belle aventure au sein du cerveau aux labyrinthes inexplorés. Je ne pense pas qu’il faille se questionner sur que faire, quoi faire, comment faire ?...

Restons à l’écoute du silence. Le chant du bon sens guidera vers cet avenir encore impensé. 

Repenser le rôle de l’intellectuel – sous la direction de Daniel Salvatore Schiffer – Éditions de l’Aube – 2023 – ISBN 9782815955485