Inventé par des journalistes transalpins, le terme « pentito » (NDLR : repenti) ne recèle pourtant aucune connotation religieuse. Conscient que le seul sens du devoir à retrouver ne saurait suffire à susciter la dénonciation, dans certains pays, le législateur donne un véritable statut légal aux criminels qui rompent le pacte de confiance avec leurs semblables. En passant du statut de traître à celui de repenti, « excuse absolutoire », ils accèdent à une exonération, totale ou partielle, de responsabilité pour leurs fautes commises. Le juge Giovanni Falcone sera à l'origine de la loi protégeant les repentis en Italie. Au prix de sa vie, il fera tomber plusieurs parrains de la mafia, avant d’être assassiné le 23 mai 1992, sur l’autoroute A29, près de la jonction de Capaci, en Sicile. 

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Tommaso Buscetta, alias « Don Masino, le prince des repentis » demeure certainement le plus célèbre d’entre eux. Il est le premier « pentito » à avoir intégré le programme italien de protection des témoins. Ces révélations débouchèrent, en 1986, à Palerme, sur le premier grand procès anti-Mafia (475 inculpés) qui coûtera la vie au juge Giovanni Falcone.

En Belgique, pour permettre à l'enquête sur les tueries du Brabant commises entre 1982 et 1985 de faire éclater toute la vérité, après avoir longuement sommeillé sur la table du législateur, la dénonciation est également codifiée. La loi du 22 juillet 2018 (modifiant le Code d'instruction criminelle en ce qui concerne les promesses relatives à l'action publique, à l'exécution de la peine ou à la détention consenties à la suite d'une déclaration dans le cadre de la lutte contre la criminalité organisée et le terrorisme) prévoit que le ministère public puisse promettre une réduction ou un aménagement de peine en échange d’informations permettant d’avancer dans des dossiers de corruption, de terrorisme, de meurtre ou d’organisations criminelles. Les promesses faites aux repentis doivent être proportionnelles aux actes qu’il a commis et à l’importance des informations qu’il fournit.

Le bilan de la repentance pénalement récompensée est actuellement maigre en Belgique. Avant l’affaire Panzeri, il n’y a qu’un seul cas médiatiquement connu à ce jour : celui de l’agent de joueurs Dejan Veljkovic, l’un des principaux suspects du Footballgate. Arrêté en octobre 2018 puis relâché sous conditions strictes, il décide de collaborer avec la justice en demandant le statut de repenti. Il lui est alors « accordé » une peine de prison de cinq ans avec sursis, une amende de 80.000 euros avec sursis et la confiscation de toutes les sommes d’argent obtenues illégalement. 

Claude Bottamedi a travaillé de nombreuses années pour le fédéral et à l’internationale, notamment avec la direction anti-mafia italienne (DIA). Il rencontrera d’ailleurs le juge Falcone lors d’une perquisition menée à Charleroi dans un restaurant italien dans le cadre d’une enquête sur la famille mafieuse Cuntrera-Caruana. 

Trente ans plus tard, plus de 1500 ex-mafiosi collaborent avec l’Etat sur l’ensemble du territoire de la botte. La France emboîte le pas en mars 2014. La loi Perben instaurant le statut de « collaborateur de justice » a vocation d’être utilisé en particulier à Marseille et en Corse, des zones régulièrement frappées par des séries de règlements de comptes mafieux spectaculaires. « Même si nous avons des familles mafieuses qui sévissent en Belgique, la configuration du crime n’est pas la même. Notre pays sert de base arrière à certaines d’entre elles, mais on n’est pas dans l’exploit de sang sur la place publique », poursuit Claude Bottamedi. « Le trafic de cigarettes et la contrefaçon sont aujourd’hui des crimes bien plus profitables et peu risqués. Se mettre à table dans une volonté de repentir et affronter de lourdes peines, même atténuées, le jeu n’en vaut pas la chandelle. »

Et de poursuivre : « Le terme ‘repentir’ indique un réel désir d’amendement dans le chef de celui qui collabore avec les autorités répressives. Si un authentique repentir ne saurait être exclu, l’on peut malgré tout se poser la question de savoir si la volonté d’amendement est réelle ou si le repenti cherche plutôt à obtenir une réduction de peine, voire à se venger de ces comparses. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs la législation italienne a été durcie en 2001, après que les autorités ont pu constater que certains mafieux se livraient à de faux aveux pour obtenir ces avantages ».

Le principe semble pourtant un « mal nécessaire » pour ceux qui plaide les bienfaits d’un système quant au but à atteindre, soit démanteler des réseaux. Mais, d’un point de vue éthique, la fin justifie-t-elle le moyen ? « Le statut de repenti est accordé à des individus qui ont du ‘sang sur les mains’. C’est assez pervers comme concept. Notre législation actuelle est une véritable aubaine pour le crime organisé. Une meilleure alternative pour le combattre serait de revoir les incriminations primaires. Quand on voit les montants engrangés, on ne terrassera pas avec un repentir le trafic de stups ou la corruption, comme on ne terrassera pas le dragon mafieux. Tout cela me semble bien illusoire », ponctue Claude Bottamedi.