Après 6 ans de législature, le terme habituel de la vie communale en région bruxelloise, célébrons l’accouchement de cette nouvelle souris. Car de quoi parle-t-on ? Un texte portant uniquement sur les Asbl « communales » soit les structures fondées par les communes et non pas la kyrielle d’Asbl et autres entités, qui reçoivent des subsides, parfois plantureux, et dont la fondation ne doit rien à la commune mais dont l’existence lui doit tout, par le truchement d’un astucieux arrosage permanent de pognon public : subsides, garanties, prêts, cautions, avances, ... A vot’ bon cœur ! 

Un exemple ? Equal.Brussels par exemple, fourre-tout régional où se télescopent certaines structures issues de la théorie du genre (coucou, le matrimoine) et celles qui viennent en aide aux femmes battues : sur leur site, près de 200 Asbl se partagent une manne de plus de € 2,5 millions en 2022. L’égalité, c’est un métier qui exige du doigté.

Autre illustration, le CPAS de la Ville de Bruxelles octroyait en 2021 quelque € 6,6 millions à une soixantaine d’associations dont l’organisme Rock the City qui procure matériel et jobistes en tant que « fournisseur officiel de logistique événementielle pour la Ville de Bruxelles »... Le rapport avec le CPAS nous direz-vous ? Il existe, c’est certain.

Dans son onglet « transparence » *, le site de la ville de Bruxelles répertorie quant à lui tous les subsides octroyés lors de l’année 2021 soit... près de € 217 millions (sic) répartis entre 1.274 entités : pas toutes sous forme d’ASBL d’ailleurs, la ville n’est pas regardante sur la nature de ses bénéficiaires. Notons ainsi l’octroi de 100 € accordés au concours de « la plus belle photo d’action de propreté ou de ramassage collectif » ! On en était sûr, l’écolo-progressisme sait être généreux.

Faites vous-même l’exercice et découvrez par vous-même, au hasard de quelques clics, quelques 1.500 structures vivant plus ou moins grassement de la laine tondue sur le dos du contribuable bruxellois. Pour compléter cette épiphanie, n’oublions pas l’existence, par centaines, de subsides régionaux divers et variés, d’interventions de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de celles de la Cocom ou de la Cocof et bien entendu toutes les oboles versées par les 18 autres communes de la région.

Retour à l’initiative du ministre bruxellois des Pouvoirs Locaux : dans son projet d’ordonnance, Bernard Clerfayt (Défi) entend bien renforcer et améliorer le contrôle des seules ASBL communales, soit, selon une nomenclature propre basée sur leur taille, un total de… 120 entités sans but lucratif recensées en Région bruxelloise. 120 ASBL ? Allez Bernard, encore un effort !

Pour être précis, 78 micro ASBL (10 travailleurs maximum), 38 petites ASBL (50 travailleurs maximum) et 4 grandes ASBL feraient l’objet de ce regain de contrôle. A tout seigneur tout honneur, c’est la ville de Bruxelles qui détient les 4 « majors » de cette liste : GIAL, BE, BME et BRAVVO.

Le célèbre GIAL, devenu ex-GIAL puis i-CITY ou l’histoire d’une saga de services informatiques très dispendieux qui change de nom pour tenter de faire oublier son passé sulfureux. Brussels Expo, bien sûr, grand ordonnateur des Palais du Heysel, renfloué à coups de millions en attendant Néo… BME, Brussels Major Events, le joker de tous les projets festifs du bourgmestre. Et enfin BRAVVO, une espèce de service de proximité, sans pouvoirs de police, dont les succès de gestion intérieure en matière de relations humaines ne sont plus à démontrer.

On le voit, à part vaguement ennuyer le bourgmestre Close et contrôler des entités déjà incontrôlables, l’initiative Clerfayt tire grossièrement à côté de la cible et choisit de passer au crible l’océan des ASBL sous perfusion en utilisant un dé à coudre.

Face à ce pétard mouillé politique, qu’il nous soit permis de rappeler ici ce que certains, d’un autre calibre, préconisent depuis longtemps : un contrôle juridique, comptable et financier opéré par la Cour des Comptes sur toute entité, quelle que soit sa structure et dès réception du premier euro d’argent public. Et une large publicité de ces ASBL auditées à travers le dépôt de leurs états financiers auprès des services de la BNB (Banque Nationale de Belgique). Annuellement bien sûr, pas 4 ou 5 ans après la fin de l’exercice comme les conseils communaux de la Ville de Bruxelles nous le communiquent en catimini.

Ce ne serait d’ailleurs guère compliqué à mettre en place car, pour une fois, ce n’est pas faute de disposer des outils adéquats qu’une telle décision ne voit jamais le jour. Il suffirait que les politiques se fassent pousser une conscience à défaut d’un autre attribut que la décence nous interdit de nommer.

Qui sera assez suicidaire (jadis, on aurait dit courageux), politiquement, pour entamer cette indispensable réforme qui pourrait, enfin, détricoter ce clientélisme larvé cultivé dans chaque parti politique sans oublier... les ASBL syndicales ? Apparemment pas Bernard Clerfayt.

* https://www.bruxelles.be/publicite-de-ladministration