Pourtant, lorsque l’on consulte un site Internet tel que celui de la ceinture énergétique namuroire, il est assez affligeant d’y relever cette assertion factuellement fausse : celle de la prétendue libéralisation du marché de l’énergie

Rappelons encore une fois une réalité énergétique, déjà maintes fois explicitée.  Le facteur de charge d’un procédé de production d’électricité représente le quotient de l’énergie réellement produite sur une période de 1 an (365 jours), divisé par l’énergie maximum qu’il aurait été possible de produire si la puissance avait toujours été à son maximum (24 h sur 24 et 365 jours par an). Physiquement, le facteur de charge reflète donc la variabilité de la production d’électricité ; un facteur de charge élevé est synonyme d’une production électrique stable et continue ; à l’inverse, un facteur de charge faible reflète un caractère discontinu et variable de la production d’électrons.

Les facteurs de charge des énergies renouvelables restent, et resteront toujours, désespérément faibles, parce que le vent et le soleil sont variables et intermittents ! En Belgique, les chiffres de la FEBEG montrent que, pour une centrale nucléaire, le facteur de charge est supérieur à 95 %. Nos centrales à gaz ont un facteur de charge de l’ordre de 45 %. L’éolien belge reste à moins de 20 % pour le terrestre ; à peine mieux pour le maritime. Quant au photovoltaïque du plat pays, il reste à moins de 10 %. 

Tout l’enjeu de la production d’électricité consiste à anticiper la demande (la consommation) parce que l’énergie électrique ne peut pas encore se stocker à grande échelle à un coût économiquement acceptable pour les consommateurs ; même si des technologies existent, elles restent impayables en pratique. Il ne faut donc guère être très subtil pour comprendre que maintenir les prix de l’électricité à un niveau acceptable implique de laisser la priorité à des modes de production pilotables (à savoir : démarrables sur demande et ajustables, si nécessaire, en termes de puissance de production) et possédant les facteurs de charge les plus élevés. Une centrale au gaz est pilotable ; le vent et le soleil ne le sont pas ! Le nucléaire est également pilotable, mais il fait preuve d’une inertie supérieure à celle d’une centrale au gaz, d’où l’idée initiale (bien avant les délires bobos bios écolos actuels) de le considérer comme producteur de base, les pointes étant alors couvertes par le gaz. 

Des directives européennes imposent désormais aux producteurs d’électricité de transmettre en priorité sur le réseau l’électricité d’origine éolienne et photovoltaïque. Et la tarification de l’électricité doit s’aligner sur le prix de production de la « dernière » centrale mise en route pour couvrir la demande, soit effectivement toujours dans la pratique, une centrale au gaz, vu l’intermittence et la variabilité extrêmes de l’éolien et du photovoltaïque. Cet arsenal législatif irréaliste et répressif repose sur la volonté vertueuse de l’Europe qui, en bonne élève, veut montrer au monde qu’elle se conforme aux objectifs délirants et chimériques fixés par l’ONU et son appendice climato-idéologique, d’inspiration quasi religieuse, le GIEC (IPCC en anglais, langue dans laquelle le vocable « experts » n’apparaît même pas).

Tant que subsisteront ces directives absurdes, les fournisseurs d’électricité européens ne pourront qu’en rester les bénéficiaires complices car elles leur permettent de maintenir des prix artificiellement élevés ; plus la part d’énergies renouvelables augmentera, plus cher en sera le prix puisque chaque mégawatt renouvelable doit être doublé par le même nombre de mégawatt de gaz, disponible quasi instantanément lorsque vent et soleil font défaut ! Il n’est pas anodin que les promoteurs de champs éoliens et photovoltaïques possèdent quasi toujours des intérêts dans le secteur gazier. Ces fournisseurs ne peuvent donc qu’encourager les boucles énergétiques locales parce qu’elles constituent une tentative de plus d’embrigader la part de l’opinion publique la plus verte (les verts se montrent toujours plus verts et donc plus vertueux) dans une transition énergétique chimérique, qu’ils tentent désespérément de promouvoir car ils en connaissaient malicieusement les avantages à en retirer comme fournisseurs d’électricité.

Les citoyens à l’origine de ces initiatives de boucles ou ceintures énergétiques, et ceux qui les soutiennent, savent-ils que l’ensemble du réseau électrique européen est désormais plus interconnecté que jamais et que prétendre à l’autarcie énergétique, même partielle, d’une sous-région sous nos latitudes relève donc actuellement de l’archéologie énergétique ? Savent-ils que la part du secteur résidentiel dans la consommation globale d’électricité représente à peine plus de 20%, l’industrie et les services se taillant la part du lion, avec respectivement 45% et 25% ? (Source : FEBEG.) 

Sont-ils conscients que l’industrie et les services, même dans leur région ou sous-région, nécessitent un approvisionnement électrique fiable, c’est-à-dire ne reposant ni sur du vent ni du soleil, imprévisibles par nature ? Ignorent-ils que les retours d’énergie vers le réseau électrique génèrent de l’instabilité ? (Des solutions technologiques existent pour pallier ces instabilités du réseau, mais elles entraînent une augmentation continue du prix du transport et de la distribution de l’énergie électrique, ce qui se répercute directement sur la facture du consommateur.) Ont-ils conscience de devenir des idiots utiles pour l’UE dont la politique énergétique a atteint le summum de l’absurdité et de l’incompétence techno-scientifique, par son manque de réalisme et son absence totale d’empathie à l’égard de la population la plus précarisée ? Les appels au bénévolat de la part des initiateurs de ces « boucles » ne constitueraient-ils pas une forme de travail déguisé au service d’une idéologie, comme dans certaines sectes ? Réalisent-ils que la transition énergétique qu’ils appellent de tous leurs vœux constitue un caprice de nantis vivant dans des pays opulents ? Comprennent-ils que les plus précaires, sous nos latitudes et ailleurs dans le monde ne peuvent tout simplement pas s’offrir ce luxe pour gosses de riches, en quête de bonne conscience pour justifier (ou mériter) leur pouvoir d’achat, généralement plus élevé que la moyenne des citoyens, dont une bonne part peine à honorer ses factures d’énergie ? 

Entendons-nous bien : pour une communauté rurale africaine par exemple, de petites éoliennes, des panneaux photovoltaïques et de petites batteries constituent d’excellentes solutions de secours en l’absence de raccordement à un quelconque réseau électrique, ou pour pallier sa déficience s’il existe, mais ils resteront des moyens de subsistance énergétique et non de développement économique. Parce que la nuit, le soleil ne brille pas et il n’y a pas ou peu de vent. Pareil sous nos latitudes…