La semaine dernière, je vous emmenais à Briançon en vous expliquant que la frontière entre l’Italie et la France était une passoire pour les migrants, dont la majorité vise à se rendre en Angleterre via Calais. Retrouvons-les dans cette ville du nord toute proche de la Belgique.

Calais fut la dernière ville du territoire français occupée par les Anglais qui en furent chassés en 1558. Aujourd’hui, elle sert de ville de transit pour les migrants qui désirent passer de l’autre côté de La Manche : 30 000 ont réussi la traversée en 2023, mais ils sont encore des dizaines de milliers autour de la ville. 

Chute de l’immobilier

Devant le magnifique beffroi qui témoigne d’une opulence passée, la sculpture « les Bourgeois de Calais » de Rodin rappelle la conquête anglaise lors de la guerre de Cent Ans. Les bourgeois d’aujourd’hui assistent, impuissants depuis des années, à la chute de valeur de leurs biens immobiliers. De superbes villas sont à vendre depuis des années sans trouver preneur. Qui rêve de s’installer  à proximité d’un campement sauvage ? Ils craignent aussi pour leurs filles qui n’osent plus prendre seules les transports en commun, dans lesquels des migrants au comportement souvent inquiétant montent sans payer… mais quel chauffeur prendrait le risque de s’y opposer ? Un habitant me raconte qu’il raccompagne sa fille étudiante sur le quai de la gare jusqu’au départ du train quand elle quitte la ville.

Partout, on voit des petites tentes multicolores de fortune sous les ponts ainsi que, par endroits, des grillages pour dissuader les migrants de s’installer. Un peu plus loin, la zone de départ du tunnel sous la Manche ressemble à un camp retranché avec hautes clôtures, détection électronique et, la nuit, éclairage comme en plein jour. Sur l’autoroute, des panneaux demandent aux automobilistes de « ralentir : risque de piétons et obstacles sur chaussée ». Des migrants tentent aussi de sauter sur le toit des  camions lancés à pleine vitesse et se retrouvent souvent à l’hôpital où ils seront très bien soignés gratuitement (pas pour tout le monde !), parfois pendant de longs mois. 

Distribution de nourriture sous l’œil de la police

Selon le fameux Etat de droit, un clandestin n’a pas le droit d’être en France mais, quand il s’agit de migration, l’État sait se montrer accommodant, bien plus que pour de bénignes infractions au code de la route ! Deux fois par jour, des associations qui ont pignon sur rue distribuent de la nourriture et d’autres effets sur le grand rond-point proche de l’hôpital en bordure de la ville, ... sous l’œil protecteur de la police.  A un embranchement du rond-point, deux cars de police stationnent. À l’heure des distributions, on voit jaillir de nulle part des centaines de migrants qui forment une file bien ordonnée en attendant leur tour. Il n’y a que des jeunes hommes, tous clandestins illégaux, mais la police assiste passivement à la distribution sans broncher. 

Depuis des années, les Calaisiens se sentent abandonnés par l’État. Au second tour de l’élection présidentielle, ils ont donné 62 % des voix à Marine Le Pen, son plus haut score dans une ville de cette taille. Les bobos diront-ils que ces électeurs sont « d’extrême-droite » ?  Qu’ils ne goûtent pas assez les charmes de la diversité et du « vivre ensemble » ? A Briançon, comme à Calais, l’Etat français est bel et bien totalement impuissant et ridicule.