Agnès Naudin, capitaine de police, porte-parole du syndicat FSU intérieur, auteur de « Police : la loi de l’omerta » aux Editions Le Cherche-Midi, est actuellement dans le viseur de la justice qui l’accuse de violation du secret professionnel pour ses dénonciations. Violences policières, sexisme, racisme, harcèlement, fraude à l’administration, dissimulation de délits, corruption, tyrannie hiérarchique, elle balance : « Soit tu fermes ta gueule, soit tu fermes ta gueule ». Maltraité par l’institution policière, Fabien Bilheran, son co-auteur et ancien policier, a quant à lui voulu mettre fin à ses jours après 15 années passées dans la police.

Cet ouvrage révèle en particulier les mécanismes mis en place par l’administration pour tenter d’étouffer les affaires, isoler ceux qui s’insurgent contre certaines pratiques, voire les écarter. « L’omerta représente parfaitement la culture policière : on lave son linge sale en famille. Lorsqu’un policier dénonce des faits en interne, il est écrasé, c’est ce que nous reprochons à ce système de représailles. Le principe : rien faire, rien changer et surtout ne pas faire de vague. Se taire ou dégager. En résumé, il y a une part des policiers qu’on écrase, l’autre qui s’autocensure. C’est un non-choix ».

Trop souvent, ajoutent-ils, « les fonctionnaires, s’ils parlent - mauvaises notations, pas de primes, pas de mutation - craignent pour la grande majorité les conséquences sur leur situation professionnelle et personnelle ». Quant à l’IGPN, la « police des polices », les enquêtes sont le plus souvent marquées par l’opacité ou se perdent dans les limbes de l’oubli. Et pourtant, on veille en haut lieu à ne pas contrarier ces fonctionnaires et leurs syndicats. Et on comprend l’embarras. Le gouvernement en a grand besoin pour faire passer « coûte que coûte » les politiques les plus impopulaires.

Avec la réforme des retraites et ses manifestations citoyennes, les exactions des Brav-M, une unité spéciale créée pendant le mouvement des gilets jaunes, sont sous le feu des critiques. Formés à aller au contact pour disperser les manifestants, peu importe qui ils ont en face, l’emploi disproportionné la force dont font preuve ces policiers est régulièrement décriée. Leur dissolution a été demandée par plusieurs élus. Mais, pas touche pour raison de contrôle social pour compte de l’Etat. « On instrumentalise les policiers pour servir un objectif du politique qui n’est pas celui du citoyen. Aujourd’hui, on est plus une police républicaine et citoyenne, on est un bras armé du gouvernement ».

A l’évidence, le « monopole de la violence légitime » ne se décide pas dans les commissariats. La police fait tout simplement ce qu’on lui demande de faire. Certes, on ne lui demande pas d’être volontairement agressive ou raciste - la majorité des policiers ne le sont d’ailleurs pas - mais on la met en situation de l’être. Puis on ne veut rien savoir. C’est ce qu’on appelle la raison d’État. Quel est le message de cette stratégie du maintien de l’ordre, sinon des consignes de répression venues d’en haut et l’intendance suivra ?