En mars 2020, lorsque la pandémie de Covid-19 a frappé le monde, tous les pays occidentaux ont décidé d’adopter des mesures de restrictions de liberté sans précédent en confinant leur population pour éviter la propagation du virus. Tous sauf un : la Suède. Pendant que des centaines de millions d’Européens devaient rester cloitrés chez eux, les Suédois ont pu continuer leur vie presque comme si de rien n’était durant ces années de pandémie. « Nous n'étions pas une sorte de paradis libertaire », déclare Anders Tegnell à l'AFP, qu'il reçoit dans les locaux de sa maison d'édition. « Nous étions simplement une société qui essayait de trouver de bonnes façons de gérer la situation, de la manière la plus efficace pour nous ».

Responsabilisation et confiance

Intitulé « Tankar efter en pandemi » (« Réflexions après une pandémie »), l'ouvrage de 280 pages reflète le caractère du personnage : les formules y sont soignées, pragmatiques, chaque étape de la stratégie est décortiquée et méthodiquement expliquée. Et elle est très simple : « Je croyais que les gens pouvaient le faire eux-mêmes. Nous n'avons forcé personne, mais nous avons constaté un énorme respect de l’invitation à la prudence et aux gestes barrière », souligne-t-il pour expliquer le choix de la Suède de recourir aux recommandations plutôt qu'aux mesures coercitives.

S’il reconnait que sa stratégie a pu être critiquée dans et hors de la Suède, il considère qu’elle a été plutôt bien accueillie par les Suédois. « C’était la première fois que notre administration recevait autant de fleurs », se rappelle-t-il.

Moins de morts de la Covid-19 en Suède

Un autre élément qui distingue Anders Tegnell des autres scientifiques est qu’il sait reconnaître ses erreurs. L’épidémiologiste en chef admet ainsi n’avoir pas pris les mesures nécessaires pour éviter la propagation du virus dans les maisons de retraite, où un très grand nombre de pensionnaires sont morts durant la première vague. « La situation était catastrophique, j’ai eu complètement tort », reconnait-il, lui qui pensait que le rassemblement des personnes âgées dans des maisons de retraite empêcherait qu’elles soient contaminées et permettrait de mieux traiter celles qui l’étaient. Le manque de ressources et de compétences nécessaires dans les maisons de retraite a, en effet, eu raison de ses pronostics.

Trois ans plus tard, les comparaisons internationales sont délicates du fait de critères de comptabilisation différents, mais selon Our World in Data, la Suède s'en est mieux sortie que l'Union Européenne dans son ensemble avec, fin octobre, 2.365 morts par million d'habitants contre 2.767 de moyenne.

Voulant tirer les leçons de la réponse sociétale face au Covid-19, Anders Tegnell exhorte chaque organisation à dresser le bilan de cette période et à tout documenter. En septembre dernier, l’épidémiologiste a reçu le prix BiotechBuilders 2023 pour ses efforts durant la pandémie 2020-2023. Ce prix est décerné par l'association Stockholm BiotechBuilders qui œuvre au renforcement du secteur suédois des sciences de la vie. « Il a tenu bon pendant la pandémie de Covid-19. Il a été adulé, mais aussi fortement remis en question lorsque la pandémie a atteint son apogée dans le monde entier. Malgré toute cette pression, il est parvenu à rester ferme dans la tempête médiatique et à délivrer un message réfléchi et cohérent en dépit d'informations limitées. Anders Tegnell a probablement inspiré de nombreux étudiants à vouloir devenir médecins spécialistes des maladies infectieuses », a précisé le jury.