Une artiste majeure, doublée d’une femme libre

« L’art ! Je n’aime pas les barrières, les frontières, les cases. Je peins, inspirée par différents styles, écoles ou courants, pourtant tous cohérents entre eux, au sein de l’art moderne et contemporain : l’impressionnisme aussi bien que l’expressionnisme, voire vers une certaine abstraction, à la fois colorée, intense et dépouillée. Je suis une femme libre, aussi dans ma pratique artistique : c’est ce qui me caractérise, me définit ou me dépeint le mieux ! » : c’est ainsi que Nadine Dewit, dont la flamboyance de sa personne n’a de cesse de magnifier le talent de son art, s’exprima, pour parler de ses tableaux, dans la superbe monographie en couleurs, intitulée « Nadine Dewit – L’art sublime de la liberté et de l’engagement », que lui a consacrée, pour les Editions Samsa (Bruxelles), le philosophe Daniel Salvatore Schiffer, et où Pierre Somville, membre de l’Académie Royale de Belgique dans la prestigieuse « Classe des Arts », s’est également livré à un élogieux commentaire en la matière.

Un art pictural, celui de Nadine Dewit, dont la création se développe au fil de son propre et très personnel parcours de vie !

L’Art en majesté : un expressionisme fauve

Aussi est-ce bien ainsi qu’il faut comprendre en profondeur, tant sur le plan artistique qu’existentiel, cette nouvelle et brillante série de tableaux – toiles regroupées ici sous le générique titre d’« Expressions Paysages » – que Nadine Dewit, diplômée de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège,  donne à voir comme autant d’enthousiasmantes et magnifiques variations sur ce thème.

Car, d’un point de vue stylistique, mais aussi sur le plan esthétique, c’est bien l’expressionnisme, courant artistique majeur de la première moitié du XXe siècle, avec des peintres aussi novateurs, par-delà leur immense talent, que Nolde, Kandinsky, Kirchner, Macke, Franz Marc ou même Egon Schiele, qui caractérise le mieux, certes actualisé ici au regard de la sensibilité du XXIe siècle, l’art de Nadine Dewit. Un art en majesté !

L’expressionnisme, mais aussi, dans la chaleureuse couleur des tons que Nadine emploie dans la magnificence de ses toiles, un subtil rapport au fauvisme, dont l’inspiration première remonte à des peintres tels que Matisse, Derain, Vlaminck, Gauguin, Van Gogh, ou les nabis Bonnard et Vuillard, voire Odilon Redon, sans oublier, mâtiné de cubisme, l’immense Cézanne !

Deux influences artistiques prépondérantes : Claude Monet et Nicolas de Staël

Un autre artiste majeur a toutefois inspiré ici, de manière prépondérante et telle sa plus importante référence, cette ultime série de tableaux de Nadine Dewit : Nicolas de Staël, comme si le minimalisme géométrique de son formalisme pictural s’avérait aussi, en définitive, l’aboutissement le plus réussi et accompli à la fois, y compris dans son chromatisme, des meilleurs tableaux du plus célèbre des peintres impressionnistes en la personne de Claude Monet, l’autre grande source d’inspiration, précisément, de Nadine Dewit (voir, à ce sujet, son éblouissante et précédente exposition, qui portait justement, très à propos, l’explicite et emblématique titre de « Nymphéas Variations ») 

Telle est notamment la raison pour laquelle Nadine Dewit privilégie comme technique, dans ses tableaux, l’acrylique, les pigments, les encres et parfois l’huile. Quintessence de l’art : la matière, et non seulement les lignes ou les couleurs, y est à la fois palpable et sensuelle, souverainement tangible !

Des bijoux visuels et sensoriels

Ainsi est-ce bien au « sublime » que ces splendides « Expressions Paysages » de Nadine Dewit, où la vue de l’horizon confine à l’idée de l’infini, y compris et paradoxalement dans ces très subtils bijoux que sont ses petits formats, renvoie, tels autant de condensés visuels, émotionnels et sensoriels à la fois, en sa plus haute, belle et noble expression artistique. 

C’est par ailleurs là, ces multiples et petits formats picturaux, un ardu mais prodigieux exercice de discipline, un défi de très haute voltige et un exploit d’une intense rigueur intellectuelle, que seule une véritable artiste, comme l’est effectivement Nadine Dewit, peut s’imposer, passant incessamment de la grande à la petite dimension, et vice-versa, avec autant de brio, d’apparente aisance mais, surtout, de réel et naturel talent. 

Les « deux infinis » de la cosmogonie dewitienne

Oui : ce sont ces « deux infinis » – l’infiniment grand et l’infiniment petit – dont parlait Blaise Pascal, songeant là à la nature de l’homme tout autant qu’à celle de l’univers, en ses très métaphysiques « Pensées » qui se donnent ainsi, en ces cosmogonies dewitiennes, où macrocosme et microcosme se reflètent indéfiniment telles les deux indissociables faces d’un même et unique monde, à contempler sous nos yeux émerveillés !

Semblable synthèse artistique, gage d’un don aussi rare qu’incontestable, prend indubitablement ici la forme d’un pari des plus audacieux, sinon vertigineux, et, pourtant, éminemment réussi en l’occurrence. Chapeau, l’artiste !

Le « grand style « nietzschéen » ou l’expression du « sublime »

Davantage, et plus essentiellement encore : c’est à ce « grand style » tel que Nietzsche l’appelle de ses vœux, dans sa conception du « philosophe-artiste », que l’œuvre picturale de Nadine Dewit reconduit, en dernière analyse, avec ce génie qui lui est propre !

Daniel Salvatore Schiffer *

* Philosophe, écrivain, auteur d’une quarantaine de livres (dont « Nadine Dewit - L’art sublime de la liberté et de l’engagement, monographie en couleurs parue, en 2023, aux Editions Samsa), professeur d’esthétique et de philosophie de l’art à l’Institut Royal Supérieur d’Histoire de l’Art et d’Archéologie de Bruxelles (IRSHAAB).

Une exposition à la Galerie Orpheu (Liège)