Ancien gendarme, fonctionnaire du ministère des Sports et sociologue, il publie une enquête fouillée sur la façon dont le communautarisme religieux a investi le sport depuis quelques années. Clubs de fitness réservés aux femmes portant l’hidjab, éducateurs radicalisés, prières dans les vestiaire, il a travaillé en immersion au plus près des acteurs de terrain pour mener à bien ce travail. Alors que le sport est présenté comme un vecteur d’intégration et d’inclusion, l’auteur met en lumière la face sombre du « mens sana in corpore sano », plus particulièrement dans le football et les arts martiaux. Le tout, sur fond d’indifférence des autorités sportives. Médéric Chapitaux s'est entretenu avec de nombreux présidents de fédérations sportives, d’éducateurs et de pratiquants. Il dévoile des notes exclusives des services de renseignements français qui savent ce qui  se passe depuis un bon moment. Son livre, préfacé par le sociologue Bernard Rougier, pose les faits et appelle simplement à les prendre au sérieux.

Quels sont les sports les plus concernés ?

D'abord, c’est le football, parce qu'il est pratiqué massivement. Ensuite, c’est la musculation, par logique viriliste. Mais surtout, ce sont les sports de combat. C'est un choix très pragmatique : ils apprennent à se battre !  (sic !). Selon une note de l'Unité de coordination de la lutte antiterroriste française (Uclat), « 40% des sportifs fichés pour radicalisation à caractère terroriste en France le sont pour des sports de combat ». 

Un entrisme documenté

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le vrai point de bascule de ce sujet a été la fuite d’un document confidentiel du Service central du renseignement territorial (SCRT). Cette note, intitulée « Le sport vecteur de communautarisme, voire de radicalisme », est rédigée le 27 juillet 2015, avant d’être révélée par les médias en octobre de la même année. Les spécialistes du renseignement affirment en préambule que « la présence dans les clubs sportifs de salafistes et autres radicaux, dont les canons de la pratique religieuse les contraignent à ne s’adonner à aucun sport, interroge sur les ressorts profonds de ce subit engouement pour les salles de musculation ou les rings de boxe ».

Un laisser-faire volontaire

Au cours de son enquête, Médéric Chapitaux a demandé aux dirigeants des clubs sportifs pourquoi ils laissaient faire. Le premier argument qui revient en réponse est : « Ça ne dérange personne et donc, je m'en fous ». Le deuxième, c'est : « Oui, mais, vous comprenez, si j'interdis le voile, je n'aurais plus aucune fille dans mon club, économiquement, ce n'est pas viable ! ». Et le troisième, c'est le fait que « la religion joue un rôle positif sur la performance sportive ». Faire sa prière intérieure avant un combat, si cela « booste » les résultats, pourquoi pas ? On est clairement, et de manière ostentatoire, dans l’infiltration du fondamentalisme religieux dans le sport. « Ce qui frappe, c’est l’étendue du phénomène qui touche tout le territoire et pas seulement les quartiers sensibles », constate l’auteur. On est loin de l’image du sport rassembleur. 

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