Comme je prenais place dans la salle de presse, toute distinguée - j’étais en chapeau, bien sûr - je vis s’installer autour de moi les plus belles plumes de la presse mondiale, quel événement, fieu ! Bientôt la salle était pleine à craquer. J’étais si nerveuse que je me sentais ballonnée, je crois bien que j’ai évacué une faiblesse en direction du Soir ! À 15h pardon uur pétantes, Theo Francken faisait son entrée, suivi d’un illustre inconnu et puis Bart De Wever. Bart De Wever ! J’étais électrifiée… électro… enfin électrificottée ! 

D’abord Bart a lu un texte en français pour dire que la Wallonie a besoin d’une alternance bla bla bla. Puis il a cédé la parole au type à sa gauche pour qu’il se présente. L’illustre inconnu a expliqué qu’il voulait offrir une alternative aux partis de la Vivaldi et aux coupeurs de tête du PTB. Bon. Mais moi ce type je m’en foutais : j’étais là pour les deux stars. Théo qui était tout rouge prenait ensuite la parole, mais je n’ai rien retenu tant j’étais perdue dans la contemplation de cette belle image historique : moi, me prenant en selfie avec les trois zigues. Je voyais bien que les journalistes me regardaient d’un air bizarre, en se demandant ce que je fouchtrais dans leur sublime aréopage, mais bon, Amélie Van Beneden ne vit pas des grands moments tous les jours !

Sinon le café de la N-VA était bon. Parce qu’après la présentation en tant que telle, débutait la période des entretiens individuels sur un rooftop de la N-VA attenant à la salle de presse proprement dite et on a tous reçu du café. Pas de chocolat : ça, c’est seulement au MR. (Ouais, fieu, je vais aussi au MR ! je vais partout ousque c’est gratuit avec des politiques ! Enfin quand je dis gratuit, c’est quand même avec notre argent hein !).

Comme j’observais du coin de mon œil sa belle tête dans le ciel bruxellois, j’entendais Bart De Wever expliquer que le MR justement ça ne sert rien qu’à compléter la majorité de la gauche et de la strèmgauche ( ?) dans la Vivaldi. Un profil romain, ce Bart. On le sentait un peu crispé de parler en français, peut-être pas sa langue préférée ?

Mais ce sont surtout les journalistes francophones qui avaient l’air crispé et qui tendaient à Bart et l’illustre inconnu leurs micros comme on tend un médicament à un pestiféré avec une longue perche. 

Quand j’en ai eu marre de leurs salades, comme je m’apprêtais à descendre par l’ascenseur pour aller m’acheter un moka, j’entendais résonner dans mon dos la voix sonore de Bart De Wever « Bonjour chez vous, Madame Chapeau ! » 

Madame Chapeau, Madame Chapeau ! Ce sont les crapuleux de ma strotje qui m’appellent comme ça ! Mais aussi, c’est un Anversois. Il ne peut pas comprendre, le malheureux ! (*)

Enfin, je ne regrette pas ma journée !

Votre bien dévouée,

Amélie Van Beneden 

(*) Une des répliques célèbres de Madame Chapeau dans la pièce est « ça est les crapuleux de ma strotje qui m'ont appelée comme ça parce que je suis trop distinguée pour sortir en cheveux ! ». Cette réplique comporte deux mots de Brusseleer, crapuleux (voyou) et strotje (rue).