Des « e-crédits », kesako ?

Tout démarre avec la « RED II », soit la directive européenne sur les énergies renouvelables. Celle-ci contraint les Etats Membres à fournir un carburant toujours plus écologique. A l’horizon 2030, les carburants renouvelables devront d’ailleurs constituer 14% du mixte ! Pour féliciter les bons élèves qui prennent les devants, des « e-crédits » leur sont distribués, à hauteur des quantités de biocarburant livrées. 

Les « e-crédits » sont comme des points de fidélité pour les fournisseurs de carburant. Vous mettez davantage de biocarburant que les autres dans votre mixte ? Bravo, vous avez une gommette verte, soit un « e-crédit ». Et l’e-crédit, ça peut être vendu ! Comprenez que si votre voisin peine à arriver au bon mélange fossile-renouvelable, il peut vous acheter des « e-crédits ». Le principe du « pollueur-payeur », en quelque sorte, mais entre privés. Cela signifie aussi que si vous avez un beau budget pour ces « e-crédits », vous pouvez parfaitement vous acquitter de vos obligations écologiques.

Des électrons en or !

L’idée des escrolos Gilkinet et Van der Straeten est tout simplement de créer une fabrique à billets verts pour quelques chanceux. Comment ? Tout simplement en intégrant la recharge des voitures électriques dans l’équation ! Les propriétaires de stations publiques et les entreprises disposant de bornes de recharge (qui sont les seuls éligibles actuellement), vont donc faire le plein d’e-crédits qu’ils pourront revendre (à un tarif pour le moment inconnu) à tous ces vils pollueurs, fournisseurs de carburant. 

En théorie, et donc dans un monde peuplé de licornes et de vélo-cargos, nos deux fées vertes imaginent ainsi booster le nombre de bornes, tout en faisant baisser les prix des recharges, qui restent bien trop élevés aux bornes publiques. Si la situation est tendue en Flandre et à Bruxelles, elle est carrément catastrophique en Wallonie ! Et en pratique ? En donnant carte blanche aux magnats des bornes de recharge, ce système risque de fausser le marché ! En effet, les ministres ont créé le Monopoly écolo, un système où les prix ne baisseront pas forcément, contrairement aux dividendes versés sur les comptes des propriétaires de bornes ! En outre, cette politique pourrait accroître la disparité entre les zones urbaines et rurales : les premières, plus rentables en termes de fréquentation, attireront forcément davantage d'investissements, laissant les seconds encore plus en marge de la révolution électrique.

Et qui va payer tout ça ?

Tout cela concourt à l’augmentation du prix de l’essence et du diesel, car le fournisseur aura payé au prix fort son biocarburant ou ses « e-crédits ». Et le dindon de la farce sera bien évidemment le client final, soit celui qui roule encore au pétrole pour des raisons pratiques ou financières… 

Dans cette secte des électrons où les vassaux sont copieusement récompensés par des carottes dorées, les gourous Gilkinet et Van der Straeten peuvent plaider coupables. Illustre exemple d’incompétence cosmique ou manipulation financière pour enrichir les p’tits copains ? On vous laisse voter, sachant que la réponse peut être plurielle !